Spécial fête des mères

Publié le par Milène se déchaîne

Jean-Edmond arriva sur les coups de midi, juste à temps pour ne pas être en retard. Il s’était mis sur son trente et un pour l’occasion.

- Bonne fête Maman ! Tu vois, j’ai pas oublié ! Et puis, je t’ai même apporté un bouquet. Il fait beau aujourd’hui, je vais m’asseoir un petit moment histoire de parler du bon vieux temps, du temps de quand j’étais petit, tu te rappelles Maman ?

Tiens le premier souvenir que j’ai de toi est olfactif, c’est celle de cette eau de Cologne à la lavande dont tu t’aspergeais copieusement après ta toilette. A chaque fois que je sens de la lavande, aussitôt j’ai un clignotant qui s’allume dans ma tête et qui fait : « Maman ».

J’ai pas de clignotant « Papa » qui s’allume en sentant l’odeur de la pipe où quand j’ouvre mon moteur et que ça sent l’huile chaude, des trucs d’hommes quoi vu que moi de père, j’en ai pas eu !

J’ai longtemps pensé que j’étais comme le petit Jésus et que toi t’étais comme la Vierge Marie puis j’ai grandi et j’ai compris certaines choses sur la naissance des bébés alors je me suis mis à rêver que mon père était quelqu’un d’important, de célèbre, peut-être même un aventurier ou un marin parce que des fois, tu passais des heures et des heures à regarder l’océan comme si tu guettais un retour.

Tu t’en rappelles du jour, dis tu t’en rappelles du jour où je t’ai demandé :

- Il est où mon Papa ?

J’étais pas bien vieux, trois, quatre ans peut-être. Tu as planté tes yeux bleus délavés dans les miens qu’étaient noirs, ce que tu ne faisais jamais et tu m’as roué de coups, ce que tu faisais toujours mais en moins fort.

J’en ai perdu un œil dis donc !

C’était pas grave c’était celui qui louchait que t’as dit.

Alors, j’ai arrêté de penser au mot Papa jusqu’à très récemment en fait. Il n’y pas longtemps, je suis retourné me promener dans les ruelles de nôtre charmant bourg et voilà que je croise les deux inséparables jumeaux Jean et Edmond S. qu’étaient restés vieux gars et qui vivaient ensemble.

Jean avait un strabisme sérieux à l’œil gauche tandis qu’Edmond, c’était l’œil droit. Ça m’a bien fait marrer.

Non, j’avais arrêté de pensé que j’avais un père parce que tout mon univers, c’était toi maman, on était inséparables. Même après l’histoire de l’œil, j’ai continué à t’aimer, à t’admirer même mais en cachette.

Dire que t’étais belle serait en dessous de la réalité, tu étais sublime de froideur.

Pas mal de types venaient rôder près de la ferme et te faisaient la cour mais tu rejetais leurs compliments d’un haussement d’épaule dédaigneux en disant :

- Il n’y a plus que mon petit qui compte dans ma vie maintenant…

Une vraie tragédienne grecque et moi ton plus fervent public quand tu m’appelais « mon petit » devant eux !

Et la première fête des mères, tu t’en rappelles Maman ?

J’étais revenu tout fier de l’école avec un sublime collier de nouilles. T’avais éclaté d’un rire effrayant quand je te l’avais tendu. Le soir, t’u m’avais demandé d’aller chercher la cocotte sur le poêle, tu m’avais servi du lapin et au bout de ta fourchette pendait mon collier de fête des mères. T’avais dit :

- Au moins, c’est un cadeau utile !

J’avais pleuré. Tu avais ri à t’en étouffer tu te rappelles ?

Les quelques années qui suivirent, je te les passe parce que j’aime pas t’embêter avec des broutilles.

Quand la guerre a été déclarée, tu ne peux pas savoir la joie que j’ai ressentie. J’allais enfin partir loin de toi et en chaque boch que je tuerai, ce serait toi que je tuerai.

Mais là encore, je t’avais sous-estimé Maman…

Nulle autre mère de ce pays n’avait jamais aimé son fils comme toi. Tu t’es traînée à genoux sur la place du village, te cognant la tête par terre, suppliant, hurlant, pleurant, vociférant qu’on ne te prenne pas ton fils unique et adoré.

Tu y as été un peu fort quand même vu que de toute façon j’avais besoin de ton autorisation !

Alors, on est rentré côte à côte, à pied, et à mesure qu’on s’éloignait du regard des autres, le tien est revenu, froid et mauvais et tu m’as dit :

- Tu croyais quand même pas que j’allais te laisser partir quand même !

Le soir, je suis rentrée dans ta chambre et c’est la dernière fois que tes yeux secs et froids se sont plantés dans les miens. Tu m’entendais j’en suis sûr. Tu ne t’es pas débattue, tu m’as même souri pour la première fois de nôtre vie commune Maman.

Ton dernier souffle a été pour l’oreiller que j’ai appuyé de toutes mes forces sur ton visage.

Vu l’état dans lequel tu t’étais mi l’après-midi même sur la place du village, tout le monde en a conclut que cette trop grande frayeur, voir partir ton fils chéri à la guerre, t’avait tout simplement tuée.

Voilà, tu vois je ne t’oublie pas Maman, comment le pourrais-je ?

Encore une fois je te souhaite une très bonne fête.

 

Jean-Edmond déposa son bouquet d’orties sur le granit rose et s’en alla prendre son train.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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S
j'ai lu.<br /> <br /> et oui, c'est très bon, c'est bon comme j'aime que ça le soit, bon.
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S
j'ai lu.<br /> <br /> et oui, c'est très bon, c'est bon comme j'aime que ça le soit, bon.
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S
bonjour, bienvenue chez toi !<br /> <br /> il a l'air trop bien ce site, surtout pour quelqu'un habitant en Indre.<br /> <br /> je n'ai pas encotre lu ce texte et pourtant je nous ai déjà trouvé un point commun : notre goût pour ce qui se fait de plus laid en esthétisme bloguesque.<br /> <br /> Dans l'attente de te lire, veuillez agréer, madame l'indrienne, mes salutations les plus saluantes.<br /> <br /> Stipe se dévergonde.
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