Dandy
Dandy, voilà ce que je suis
Je touche les événements du bout des doigts
Car j’ai bien trop peur de m’en imprégner l’esprit
Il n’y a que l’horizon qui ne m’effraye pas
Ne pas le contempler serait pour moi un délit
Quand la belle et fraîche aube pointe son jour
Quand j’ai tout donné, quand j’ai le cœur étourdi
Je m’écroule sur la table qui fait un bruit sourd
Serrant dans mes doigts un calice, un verre rempli
La coupe de champagne qui jamais ne se brise
Comme je finis toujours ce que j’ai commencé
Goutte après goutte j’avale ce nectar qui me grise
Mes doigts acérés pourraient presque le tuer
Le maudit bâtard qui voudrait me l’enlever
Elle penche sans jamais tomber
Comme une tour que l’on nomme Pise
Dandy, voilà ce que je suis
De l’élégance, je n’ai plus guère que celle du cœur
Car je bois comme un cosaque, un sumotori
Il n’y a que l’au gazeuse qui me donne des aigreurs
Je ne puis trahir mon estomac, mon ami
Alors au matin, lorsque mon verre est vide
Je me tiens aux gouttières, aux murs sales, aux passants
Je délire, je vois passer des astéroïdes
Les seuls êtres qui ne trouvent pas aberrant
De me voir la tête dans le caniveau, livide
Sont mes seuls véritables amis, les chiens errants
Oui, les dandys modernes sont devenus des clochards
Il fait si froid, il faut boire pour se réchauffer
C’est triste, je vais mourir comme un soulard
J’irais rejoindre l’horizon, l’éternité.