Les Nymphéas

Publié le par Milène se déchaîne

A propos d’un tableau de Monet

 

Je glisse je flotte je nage au milieu d’un coton, au milieu d’une brume, au milieu de rien ; je suis bien, j’ai l’impression d’être éblouie par des milliers de couleurs.

Je peux faire des loopings, des piqués, des saltos, je ne tombe pas. Je distingue pourtant de part et d’autre de ma rivière de coton des tâches lumineuses mais pour le moment, je veux encore m’amuser jouer et surfer sur le vide, mettre ma tête en bas et regarder mes pieds.

Je ne vois rien de précis, il ne fait ni jour ni nuit, c’est la pénombre ; pourtant je déteste le noir et là, il fait à peine clair… Je vérifie ; oui, j’ai bien les yeux ouverts !

Quelle importance après tout ? Et si ce n’était qu’un rêve, je suis si bien dans mon rêve de brouillard. Rien n’agresse ma vue, rien de précis ne viole mon esprit, je suis libre au milieu de rien.

Je ne sais depuis combien de temps je flotte ainsi parmi une neige étincelante de chaleur, parmi un silence qui n’est jamais effrayant. Je n’ai aucune notion du temps qui passe, le tic tac des horloges a disparu de ma tête, je sens que je touche de près le bonheur mais je crois que ce n’est pas encore tout à fait ça.

Ca y’est, une impression désagréable m’étreint la gorge ; les points lumineux derrière moi semblent m’appeler, me dire de les rejoindre…

Mais non ! Il faut que je continue à nager dans mon coton ! Suis-je bête ! Des points lumineux, ça ne parle pas et ça ordonne encore moins !

Je me retourne et les autres milliers de soleils me fixent, ils me sourient, ils ont l’air gentils, ils se déplacent à une vitesse hallucinante et semblent former des figures de danse que je n’ai encore jamais vu mais je reste dans ma rivière de douceur et de chaleur à les observer de loin.

Mais combien de temps cela dure t-il ? 5 mn, 1 heure, 2 jours, toujours ?

Il va bien falloir que je rentre tout de même !

Ah, c’est bizarre, je sens que ça bouge là en dessous de moi, j’ai l’impression qu’on essaye de m’attraper !

Nom d’un chien, mais je suis bien moi dans mon monde duveteux, je ne demande rien à personne !

Une chape de pesanteur s’abat alors sur moi  et me tire peu à peu vers ma prison et je me rappelle enfin ce que j’oublie chaque nuit ; je sais qui je suis, je suis l’âme du peintre qui chaque nuit s’évade de son corps, qui quitte la rive du monde des mortels et s’en va voguer vers le monde parfait, puis revient au petit matin…

Le peintre, celui que j’habite et qui semble me percevoir, s’empresse, quand la lumière est bonne de retranscrire ce que je lui fais voir en rêve.

Ce matin de douce lumière, il pose son chevalet près de la mare et mes tâches lumineuses deviennent ses « Nymphéas ».

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Publié dans Textes

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