Monsieur Vincent

Publié le par Milène se déchaîne

Monsieur Vincent

 

 

J’ai 80 ans et je viens de tuer ma femme de ménage à coups de pelle sur la tête.

Je n’ai jamais voulu qu’elle vienne nettoyer ma maison mais la mairie me l’a envoyée d’office croyant me faire plaisir.

Monsieur le Maire, que j’ai connu alors qu’il n’était encore qu’un morveux fourré dans les jupes de sa mère, vint me rendre visite pour m’annoncer la nouvelle du moins, je le suppose.

J’étais en train de regarder mon feuilleton favori lorsqu’il frappa à la porte. J’avais décidé de ne pas répondre mais il connaissait la maison le bougre ! Il savait aussi que mon fidèle chien Féroce était mort l’hiver dernier…

Il fit le tour de la maison et frappa à la porte fenêtre. Il m’avait vu, j’étais obligé de lui ouvrir.

Supposant que j’étais sourd, il me hurla à l’oreille.

- Alors monsieur Vincent, on devient dur de la feuille avec l’âge ?

Je lui laissais volontiers croire et je continuais de fixer mon écran de télévision pour ne pas rater une miette des aventures de Laura Brighton.

- Ah, cette Laura, elle est bien mignonne mais qu’est-ce qu’elle peut bien lui trouver à cet idiot de John ?

Le Maire s’en alla et je fus incapable de me souvenir de ce qu’il m’avait dit.

 

Le lundi matin, j’étais bien tranquille dans mon lit lorsque j’entendis une automobile rouler sur le gravier. Je n’attendais pourtant personne et ce n’était pas le bruit de la voiture du facteur. Qui cela pouvait-il bien être ?

 

Ça a frappé au moins dix fois avant que je ne descende ouvrir. Je pris ma canne au cas où…

C’était donc une femme qui frappait avec cette force ! Tout du moins, cela y ressemblait vaguement ; une femme de mon temps portait un chignon, une jupe et des bottines. Celle-ci portait un blue jean, des chaussures de caoutchouc blanc et portait le cheveux court.

- Bonjour monsieur Vincent, je suis Nicole, je suis envoyée par la mairie pour faire le ménage chez vous.

Elle me bouscula un peu pour rentrer et s’exclama :

- Eh ben dites donc, ça en a besoin, ça va pas être une partie de plaisir mais j’y arriverais…

Elle ressorti de chez moi illico pour aller chercher son matériel. Moi, je restais près de la porte, totalement outré et furibond par ses réflexions plus que douteuse sur l’état de ma maison.

 

Elle avait commencé son odieux ménage en ouvrant tous les volets et toutes la fenêtres ! Vous vous rendez compte !

Je voyais une espèce de fourmi géante s’activer, s’activer à vous en donner le tournis.

Combien de temps cela a-t-il duré ? Je ne sais pas mais elle est partie comme elle était venue, juste avant mon feuilleton.

 

Je fus tellement bouleversé par cette intrusion dans mon intimité que j’en eus la diarrhée toute la nuit ; d’ailleurs à cette occasion, j’en profitais pour souiller largement mes draps avec une réelle jouissance émotionnelle.

Elle sera tellement dégoûtée qu’elle s’en ira de ma maison en courant, me dis je, et elle ne viendra plus jamais me parfumer les pièces avec ses saloperies de produits de synthèse qui donnent le cancer.

Cette pensée me fit ricaner comme un démon.

 

Ce jour là, dans mon feuilleton, une certaine Jessica voulu frapper ma Laura à cause de ce minable de John.

- Ne te laisse pas faire ma petite Laura, ne te laisse pas faire…

Tout à coup, j’entendis frapper. Deux minutes passèrent puis, j’entendis crier du dehors :

- Monsieur Vincent ! Monsieur Vincent ! C’est moi, Nicole ! Ouvrez moi donc enfin !

J’allais persister à ne pas ouvrir quand je me rappelais la diarrhée de la nuit dernière. Enfin l’heure de vérité !

Je pouffais comme un diablotin en la laissant entrer et pensais à la tête qu’elle ferait lorsqu’elle découvrirait mes œuvres nocturnes.

 

Je décidais de me rasseoir bien confortablement pour finir de regarder mon feuilleton mais je tendis l’oreille ; ça y était, elle venait de monter l’escalier puis elle marchait le long du couloir… La porte de ma chambre couina.

Un large sourire éclaira ma face ; elle avait du tout découvrir, elle allait descendre en courant, elle allait me traiter de vieux porc, de vieux con mais surtout elle me dirait :

- Trouvez quelqu’un d’autre !

 

Au lieu de ça, j’entendis l’eau couler à grands flots, mon eau si chère et si précieuse et, comble de l’outrage qu’elle était en train de m’infliger, elle se mit à siffler comme un pinson, comme si de rien n’était !

Lorsqu’elle redescendit, j’étais tassé dans mon fauteuil, totalement renfrogné.

Elle eut l’outrecuidance de me lancer avec compassion :

- Voyons monsieur Vincent, ne soyez pas gêné ! Vous savez, j’ai travaillé dix ans dans une maison de retraite alors je sais ce que c’est de devenir vieux…

 

Tous les jours ses sifflotements, son optimisme, son mari, son chat, son chien, sa bonne humeur, son cassoulet, sa belle-mère, ses produits à odeur de synthèse, ses chaussures en caoutchouc qui « rasseoir » sur le carrelage…

Je n’en pouvais plus, surtout depuis qu’elle venait à l’heure fatidique de mon feuilleton.

 

C’est arrivé un lundi, un jour où ils ont déprogrammé mon feuilleton pour mettre une messe à la place. Je lui ai demandé si elle pouvait aller me chercher du charbon à la cave.

- Avec mes reins, c’est difficile… soupirais-je

Elle s’empara du seau avec joie, contente de me faire plaisir et descendit en sifflotant. Je la suivis tout doucement armé de ma pelle ; je vis sa nuque et ses cheveux courts.

- C’est rigolo pensais je. On dirait un garçon de dos !

Je lui assénais trois violents coups sur la tête. C’était facile, j’étais trois marches au dessus d’elle, ça m’a donné plus de force. Je lui ai fracassé le crâne avec bonheur jusqu’à ce que mort s’en suive.

 

Les policiers et les psychiatres m’ont déclaré sénile et psychopathe mais à l’asile maintenant, on me fout la paix à l’heure de mon feuilleton.

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Publié dans Textes

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S
du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit.<br /> <br /> J'aime quand les vieux assument leur méchanceté maladive, gnark gnark gnark.<br /> <br /> (oui ce commentaire est nul, et alors?)
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