La vie de Marie suite
CHAPITRE 2
Je la saluai en m’efforçant de sourire et en priant pour qu’elle me laisse ce moment de grâce qu’était la dégustation quasi solennelle de mon bol de café. Ce fut peine perdue. Elle éructa bruyamment contre les voisins, faisant de grands gestes, menaçant d’appeler la police s’ils osaient recommencer une nuit de plus.
Autant étais-je discrète et prête à tout pour éviter un conflit, autant Louisa était une guerrière. J’essayai de la calmer en lui disant quelques lieux communs qui eurent pour effet de redoubler sa colère, qui plus est de la détourner sur moi.
Alors je me tus, replongeai la tête dans mon bol de café et attendis que ça se passe.
Elle continuait de marmonner en laçant ses rangers.
Louisa n’était pas méchante mais impressionnante de par sa taille. Lorsque j’avais passé une petite annonce pour partager la maison en colocation, j’avais eu droit à tout ; beaucoup de pervers, quelques maniacodépressifs, des passionnés de pythons, des gens sans garanties jusqu’à ce que je rencontre Louisa.
Elle m’avait fait bonne impression bien que peu expansive. Tout son dossier était complet, impeccablement rangé. Elle était célibataire, désirait un environnement calme, avait un emploi stable de chef des facteurs dans un centre de tri aux alentours de Paris et sa poignée de main franche et ferme m’avait définitivement convaincue. Ce serait elle qui partagerait la maison avec moi.
J’avais eu un petit souci au début de notre cohabitation mais j’avais fait en sorte, en prenant des gants, de le régler au plus vite afin qu’il ne subsiste aucun malentendu entre nous. Louisa, je m’en étais rendue compte assez rapidement ne supportait pas les hommes en général, elle était une féministe radicale, et dans son lit en particulier.
Elle m’avait fait quelques plans genre dîner aux chandelles, bouquet de roses rouges sur la table ce qui m’avait affreusement gênée.
Je m’étais mis aussi à fermer la porte de la salle de bain à clef car dès que je m’y trouvais, comme par hasard, Louisa avait quelque chose à y faire.
Elle faisait toujours mine de s’excuser, faussement gênée mais se rinçant l’œil allègrement et me tapant dans le dos comme à un pote de régiment :
« - T’inquiètes pas Marie, on est entre nanas, j’en ai vu d’autres tu sais… »
Oui, ça je savais qu’elle en avait vu d’autres mais quand on est nue dans une baignoire et qu’on a le sosie de John Wayne qui vous dit ça !
Je fais partie de ces gens qui croient que lorsqu’il y a un problème, il va se régler tout seul, comme par magie, que l’on ne va pas avoir à sortir de sa bouche des mots désagréables et blessants tels que : « Ecoute, je crois que tu fais fausse route, je ne suis pas de celles-là, je ne coucherais jamais avec toi alors arrête tout de suite… ».
Alors après avoir été obligée de jouer à cache-cache et d’avoir été un fin stratège dans le domaine de l’évitement perpétuel, il a bien fallu que je mette les choses au point.
C’était dingue, je n’y étais pour rien et je me sentais coupable. Je m’emmêlais les pinceaux dans mes explications (je ne voulais pas paraître vieillotte, anti gay où je ne sais quoi), je rougissais comme une pivoine devant une Louisa, les bras croisés et l’air renfrogné qui paraissait outrée de ce que j’étais en train de lui raconter. Elle mentait comme un arracheur de dents mais paraissait si révoltée que j’avais du mettre fin à la discussion par la meilleure façon que je connais pour apaiser les conflits : reconnaître que je m’étais trompée, que j’avais une trop grande imagination et en m’excusant platement.
Lorsque je revins dans la cuisine après m’être préparée, je la trouvais avec son bloc note en train d’écrire rageusement.
Elle allait ouvrir la bouche et continuer à pester mais je la pris de cours.
- Je te promets de m’occuper de ce problème de voisinage demain. Je suis très pressée. Oh, ne m’attends pas pour manger ce soir, Pierrick m’emmène dîner…
Avant qu’elle ait pu rétorquer, j’étais dehors, légère, fraîche et heureuse de la soirée qui s’annonçait.