La vie de Marie ( ch.35 )
CHAPITRE 35
Les mois avaient passé. J’avais retrouvé un poste de créative dans une grande agence de publicité, un vrai cette fois.
J’étais très bien payée mais malheureusement, je rencontrais dans ce milieu des centaines de Pierrick en puissance, tous plus superficiels et prétentieux les uns que les autres.
Malgré tout, je ne devais pas être tout à fait guérie car j’eus une courte aventure avec un de ces types, encore une de mes idées stupides, pour voir où j’en étais, mais un matin, je l’avais surpris en train de se tartiner le visage et le corps avec tous mes produits et de se contempler sous toutes les coutures dans les miroirs de l’appartement sans même s’apercevoir que j’étais là. Je sus à cet instant et définitivement que j’allais quitter ce milieu professionnel et mettre ma créativité au service de quelque chose de plus noble mais je ne savais pas encore quoi.
J’avais recroisé Pierrick dans un de ces restos branchouilles qu’affectionnent les publicitaires. Il était accompagné d’un nouveau stagiaire qui béait d’admiration devant lui.
En l’observant manger son risotto à l’encre de seiche avec moult exclamations de ravissement ridicules, en ennuyant sans arrêt la serveuse, en buvant son grand cru à petites lampées, l’image de Stanislas et de sa grande délicatesse vint se superposer odieusement et me lacéra le cœur.
A quoi bon le considérer comme un joli accident de parcours ? A quoi bon me mentir encore une fois ?
Oui il me manquait horriblement, un point c’est tout !
Ce jour là à Roissy, seule dans ce grand aéroport entourée d’inconnus, je me sentis libre. Moi qui avait toujours eu peur de voyager, de quitter mon traintrain, mes repères familiers, j’avais acheté un billet aller pour Sãu Paulo, la ville aux mille dangers pour aller rendre enfin visite dans son ranch au danger personnifié : Narcissia.
Elle en était à six mois de grossesse, avait pris vingt kilos, régnait en maître sur le domaine et s’était mariée en grande pompe cette fois devant son beau-père qui une fois la cérémonie achevée avait préféré s’enfuir à l’autre bout du pays.
Il était convenu que Stanislas et son groupe feraient escale chez ma sœur.
J’allais enfin savoir, j’allais me laisser enfin aller. S’il voulait toujours de moi pour les accompagner en tournée, j’allais enfin m’ouvrir à lui et aux autres, prendre la vie comme elle vient, essayer de faire fis de mes préjugés, voyager, aimer, vivre et exister…