Chronique campagnarde ( 3 )
C’est avec Elsa que Pierre découvrit l’univers féerique et enchanteur des poupées Barbie. Il délaissa peu à peu et sans regret ses petites voitures et ses mécanos. Dès qu’il pouvait échapper à la surveillance de sa mère, il filait chez sa cousine et découvrait avec émerveillement toutes ces jolies poupées alignées avec soin tout le long du lit ainsi que les nombreux accessoires miniatures rangés dans des petites boites tels que des bottes, des escarpins, des bijoux, des sacs à main…
Ensemble, ils inventaient des histoires merveilleuses de princesses.
Cependant Elsa se gardait toujours le meilleur rôle, celui de la princesse multimilliardaire et Pierre devait se contenter d’être la servante mais il patientait car Elsa lui avait promis qu’un jour, lui aussi, il aurait le droit de prendre la plus belle et de jouer avec.
Pierre aimait lire aussi. Sa mère était friande de romans à l’eau de rose et elle en avait une collection impressionnante. Ceux qu’elle préférait par-dessus tout étaient ceux de Barbara Cartland, la meilleure écrivaine de ce siècle selon elle.
C’est donc tout naturellement que Pierre se mit à dévorer ce genre de littérature, trouvant ainsi un complément idéal à sa passion des Barbies.
Le soir, confortablement installé dans son lit, il sortait de dessous son oreiller la barbie que sa cousine lui avait donné et il la regardait, fasciné devant tant de perfection. Il lui caressait les cheveux qu’elle avait longs et très blonds, parlait avec elle, la faisait danser, la cajolait. Depuis peu, cela lui faisait d’ailleurs un drôle d’effet de jouer avec sa Barbie. Pour tout dire, il avait ses premières érections de jeune homme. Elles étaient dues aux projections qu’il se faisait dans sa tête. Un jour lui aussi aurait d’aussi jolis vêtements que ceux de Barbie, surtout les habits roses, ses préférés.
Sa mère avait fini par céder et pour son dixième anniversaire lui avait acheté un cheval et une voiture de sport pour ses Barbies- il en avait pas loin de dix- qu’il commençait à collectionner.
Sa mère avait compris que si elle voulait le garder encore un peu pour elle, il fallait qu’il ait tout ce qu’il aime à disposition. De ce fait, il eut moins envie d’aller jouer avec Elsa qui au demeurant le délaissait lui et les barbies pour les garçons du village qui rôdaient de plus en plus souvent du côté de la ferme familiale.
Quelquefois, dans la maison familiale éclataient de violentes disputes entre son père et sa mère. Pierre se cachait sous son lit en se bouchant les oreilles jusqu’à ce que retentisse le fracas de la porte d’entrée que son père, excédé, claquait pour ne point avoir à gifler sa mère.
Il descendait alors consoler sa mère qui pleurait, recroquevillée sur elle-même dans un coin de la cuisine comme un petit animal apeuré.
- T’en fais pas maman, il est méchant papa ! Viens, je vais te coiffer et te maquiller, je vais te faire belle ! disait Pierre.