La vie de Marie ( ch.33)
CHAPITRE 33
Le soir même, nous fîmes nos adieux à Narcissia et Manolo qui repartaient vers de nouvelles aventures. Ils avaient décidé d’aller séjourner quelques jours chez mes parents à Grenoble pour leur annoncer la bonne nouvelle.
Je n’eus pas l’occasion de parler à Narcissia en tête à tête et je ne sus pas ce qu’elle comptait faire au final pour le bébé mais j’avais l’impression que l’idée de mener sa grossesse à terme avait fait son chemin depuis qu’elle avait retrouvé son amoureux ou peut-être était-ce finalement l’idée d’être une de ces femmes intouchables, ces madones à l’enfant qu’elle honnissait qui la séduisait, Dieu seul le sait !
En les voyant monter dans le taxi avec leur horrible chat, un mélange de soulagement et de tristesse s’empara de moi.
Tous ces évènements qui s’étaient enchaînés depuis ces dernières semaines m’avaient rendue électrique et hypersensible. Il faut dire qu’en comparaison, les dix dernières années avaient été, comme je le souhaitais, calmes, ordonnées et sans surprises.
J’avais beaucoup de choses à revoir sur ma vision de la vie, sur mes convictions, où plutôt celles de Pierrick et sur mon avenir.
Qui étais-je vraiment au fond de moi ? Que voulais-je faire du reste de ma vie et avec qui ?
Le fait d’avoir revu ma sœur avait au moins eu un aspect positif : toute excentrique et égoïste qu’elle était, Narcissia savait ce qu’elle voulait ou pas, ne subissait l’influence de personne que celle de ses envies et peu importe si ça dérange et toujours oeuvrait pour arriver à ses fins.
Elle avait même récupéré ses affaires devant une Louisa outrée qui, bras croisés, visage fermé, attendait de pied ferme des excuses en bonne et due forme mais, c’était mal connaître ma sœur que le sentiment de culpabilité n’avait même jamais effleuré de toute sa vie. En tant que fille de psychiatre, elle n’aurait jamais fait la fortune d’un de leurs confrères !
Elle se contenta de me remercier de l’avoir hébergée sous le nez de Louisa qui bouillait de lui dire que c’était grâce à elle si elle était restée. Après quoi, elle me pria de déménager dans les plus brefs délais car elle ne voulait plus avoir à faire de près ou de loin avec « cette nazie en jupons » qu’était ma sœur.
J’avais pourtant bien tenté de la prévenir sur ses illusions saphiques mais elle ne m’avait pas écoutée, aveuglée par ma diablesse de sœur.
Stanislas, qui devait partir le surlendemain m’avait gentiment proposé de loger chez lui, le temps de retrouver un travail, un logement ou tout simplement de réfléchir à ce que je voulais faire.
Si j’acceptais, sa seule condition était que je passe voir de temps en temps sa grand-mère Madame Pavlovitch dans sa maison de retraite. Ce que je fis avec joie, c’était la moindre des choses.