La vie de Marie ( ch.24)
CHAPITRE 24
Je me réveillai tard le lendemain. Il devait être pas loin de midi. J’avais la tête dans un étau et j’étais bien incapable de me souvenir de ma fin de soirée.
Je traînai un peu au lit. A quoi bon me lever, j’étais au chômage, situation totalement inédite pour moi.
Qu’allais-je donc bien pouvoir faire de ma vie dorénavant ? Il allait falloir que je pense, et vite, à retrouver une situation équivalente sinon je ne pourrais plus payer ma part de loyer et, retourner chez mes parents la tête basse, c’était hors de question !
Il pleuvait des cordes, on avait vraiment un automne pourri. J’enfilais mon peignoir et automatiquement j’allais coller mon nez à la fenêtre.
Toujours aucune trace de vie chez Stanislas.
Finalement, le quartier paraissait bien morne sans les allées et venues incessantes de ses copains et sans leur musique assourdissante. La vie paisible d’un quartier pavillonnaire en somme.
Malgré moi, je pensais souvent à lui et à ce week end que nous avions passé chez ses amis Lucien et Annie. Il avait tout fait pour que je me sente mieux sans me poser de questions indélicates et moi, je l’avais envoyé paître pour le remercier.
Quelquefois je m’imaginais dans ses bras et je trouvais ça ridicule bien que l’attention qu’il me porta me flattait. On aurait dit un adolescent. Son frère Yvan faisait nettement plus viril, c’était plus mon genre d’homme pour tout dire.
A ce propos, Narcissia le voyait elle toujours ? Il faudrait que je lui lui demande si elle avait des nouvelles des deux frères.
Après une heure passée à rêvasser, Elvis plus gras que jamais, à mes cotés, il faut que je précise que ce chat s’était attaché à moi de manière inconditionnelle et incompréhensible vu que je n’avais aucune affection pour lui, je décidai d’aller parler à Narcissia.
Je n’avais pas fait grand-chose de bien pour elle depuis son arrivée, sur ce point Louisa n’avait pas tout à fait tord, et j’étais décidée à l’aider quoiqu’elle décide de faire pour le bébé.
Au fond de moi j’aurais vraiment bien aimé qu’elle change d’avis quitte à ce qu’on l’élève toutes les deux le temps qu’elle retrouve quelqu’un.
Un bébé qui arrive dans une maison ce n’était jamais une mauvaise chose après tout.
J’étais bien décidée à la faire changer d’avis mais je déchantai vite quand je constatai que la maison était vide.
Louisa était partie au travail et Narcissia m’avait laissé un petit mot élégant sur la table de la cuisine.
« Marie, je suis partie prendre rendez-vous pour ce que tu sais. A tout à l’heure. »
Je me laissai tomber lourdement sur la chaise. Je fus soudain si triste que je m’effondrais en pleurs.
Qu’est ce que je m’étais imaginée ces derniers jours ?
Que ma sœur avait un cœur ?
Elle allait se faire avorter comme ça, sans réfléchir, sans donner une nouvelle chance à Manolo et encore moins au bébé ! Il avait peut-être envie de vivre lui !
Après avoir pleuré pendant vingt bonnes minutes, une idée se profila dans mon cerveau fatigué. Je me sentis investie d’une mission divine : il fallait absolument que je sauve ce bébé !
En sauvant ce bébé, je me sauverais moi-même et j’entamerais une nouvelle vie.
Dans ma tête bizarrement, deux voix distinctes résonnaient.
Celle de Pierrick qui me disait :
- Encore une idée stupide ! Ne te mêle donc pas de ça, ça ne te regarde pas, ça va encore te retomber dessus !
Et celle de Stanislas, beaucoup plus conciliante
- Si tu crois que c’est une bonne idée, fonce Marie !
Mais en fait, Pierrick n’avait plus de leçons à me donner maintenant, j’étais libre de penser avec mon cœur et non avec mon cerveau enfin !
Il fallait faire vite avant que Narcissia ne revienne…
Je me saisis de mon agenda et en tremblotant, composai le numéro de Manolo.
Il décrocha presque immédiatement. Il avait du voir que c’était un appel de l’étranger. Ainsi, il guettait un appel de ma sœur. Cela me rassura et ma démarche n’en fut que plus facilitée.
Après les politesses d’usage, nous nous débrouillâmes lui avec son français médiocre et moi avec mon portugais sommaire pour avoir une conversation.
Un grand blanc résonna quand je prononçai la phrase capitale :
- Narcissia esta encinta de ti Manolo…
J’ajoutais aussi qu’elle voulait avorter dans les plus brefs délais.
Il m’expliqua qu’il avait voulu lui donner une bonne leçon car elle était de plus en plus invivable et capricieuse, qu’elle se fâchait avec tout le monde, se mêlait de tout mais qu’il l’aimait toujours, qu’il voulait qu’elle revienne car il ne trouverait jamais une personne comme elle sur terre… Ce sur quoi je fus entièrement d’accord avec lui !
Après lui avoir donné mon adresse, je le suppliai d’arriver le plus rapidement possible en France pour éviter une catastrophe et je raccrochai le cœur plein d’allégresse.
Par contre, je lui avais fait promettre de ne rien révéler à ma sœur de notre complot mais une vague inquiétude me tarauda tout de même. Connaissant ma sœur, elle lui tirerait les vers du nez sans aucun problème avec ses méthodes dignes de la gestapo !
Enfin, l’heure n’était pas à penser à ce genre de détails mais au bonheur d’avoir accompli une bonne action.