La vie de Marie

Publié le par Milène se déchaîne

                               CHAPITRE 1

 

 

En me levant ce matin là j’avais une mine épouvantable. La chaleur insoutenable de cette nuit n’avait fait qu’ajouter au vacarme infernal provenant de la maison voisine.

Ce quartier pavillonnaire m’avait pourtant tout de suite plut pour son calme et sa respectabilité. Les résidents étant pour la plupart d’entre eux des cadres moyens quadragénaires ou des retraités. Il se passait peu où pas grand-chose. Certains diront que cela manquait singulièrement d’animation, d’autres diront carrément de vie. Les gens étaient discrets, les enfants polis, les retraités plus souvent partis en croisière ou vaquant à une multitude d’activités sportives ou associatives qu’à guetter derrière leurs carreaux les allées et venues des autres résidents. Bref, ce quartier était pour moi un havre de paix.

Je n’étais pourtant qu’une locataire. J’étais en colocation avec Louisa qui partageait avec moi ce goût pour le calme et la discrétion.

 

Il y avait bien eu quelque agitation la semaine passée lorsque les crises de démence de la  vieille dame qui habitait la maison voisine n’avaient plus permis qu’elle resta seule dans cette imposante bâtisse.

Madame Pavlovitch, atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis quelques années déjà déambulait de plus en plus souvent parée uniquement de bijoux d’une grande valeur dans le lotissement. Elle demandait où se trouvait le palais d’été car le moment était venu d’aller y passer quelques mois comme il était coutume de le faire dans l’aristocratie russe.

Au début les gens la raccompagnaient gentiment chez elle, lui passaient quelques vêtements et prévenaient la famille qui rechignait à la mettre en maison.

Cela s’était produit si souvent ces derniers temps m’avait dit Louisa que les riverains s’étaient plaints à la famille et avaient bien insisté sur le fait que « cela ne pouvait plus durer, elle effrayait les enfants ! ».

Alors un beau matin, j’avais assisté au départ de Madame Pavlovitch, apprêtée comme pour aller au bal du gouverneur, maquillée, très élégante et surtout très digne encadrée par deux ambulanciers qui eurent l’air très impressionnés et même intimidés par cette rescapée d’un temps qui n’existait plus que pour elle.

 

 

 

Le calme était revenu pour quelques semaines et en regardant les volets clos de la maison, j’avais eu une petite pensée pour la vieille dame, à ce qu’elle avait été avant que cette horrible maladie ne lui mette le grappin dessus.

 

La famille avait du mettre la maison en location très rapidement - trop rapidement - et les locataires, pressés de faire savoir à qui veut l’entendre qu’ils avaient pris possession des lieux.

La première nuit, je m’étais fait une raison. Ils devaient pendre la crémaillère bien que chez tous les autres résidents, il était coutume de glisser un petit mot poli dans les boites aux lettres afin de s’excuser à l’avance du bruit occasionné pour telle ou telle fête.

La deuxième nuit, je compris que nous avions non seulement affaire à des fêtards mais qui plus est, des fêtards férus de musique.

J’emploie le terme « musique » pour simplifier les choses bien que les termes « bruit », « tremblement de terre à Tokyo », « catastrophe nucléaire » ou encore « crash aérien » seraient des termes plus appropriés pour définir le bruit qu’ils nous infligeaient depuis trois nuits maintenant.

 

Tout était calme ce matin. Le temps était splendide, les oiseaux gazouillaient, les voisins partaient au travail, tout reprenait son cours normal sauf les cernes mauves qui cerclaient mes yeux. Je profitais de cet instant magique où chaque matin, je plongeais la tête dans mon bol de café.

Instant suspendu entre les restes de sommeil et l’énergie qu’il allait falloir déployer toute la journée à l’agence.

Une porte claquée mit fin à ce beau moment de sérénité et Louisa apparût sur le seuil de la cuisine, les yeux exorbités, comme si le diable était entré en elle.

 

 

 

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article