La vie de Marie suite

Publié le par Milène se déchaîne

 

                                      CHAPITRE 4

 

 

 

La réunion se déroula aussi bien que possible et les clients furent totalement emballés par notre projet.

Il était un peu plus de midi lorsque Pierrick arriva au terme de sa démonstration. Il avait répondu aux questions même les plus piégeuses avec encore plus de brio qu’à l’accoutumée. J’étais tellement fière de lui !

Il les fit rire en leur disant de patienter un peu, que la fameuse tête de veau ravigote les attendrait puis, il sortit son plus beau sourire émail diamant qu’il avait en stock avant de conclure :

« - Pour finir Messieurs, je tiens à vous signaler que ce projet n’aurait pu être mené à terme sans le précieux concours de notre toute dernière recrue, Stéphane Le Gaëllec, qui n’en doutons pas, fera très certainement parler de lui dans les années à venir… ».

Les applaudissements fusèrent bientôt devant un Stéphane fier comme un coq qui s’était levé pour mieux profiter de tous ces honneurs.

Je faillis tomber de ma chaise d’incompréhension.

 

Après être restée sonnée pendant un petit moment, je repris mes esprits, je saisis Pierrick par le bras et je l’entraînai un peu à l’écart.

Il sautillait de joie comme un gosse. Il posa ses mains sur mes épaules :

  - Tu as vu Marie ! Un de nos plus gros budgets reconduit pour trois ans ! C’est pas fabuleux ça ?

  - Si si, sans aucun doute… Mais, à propos de Stéphane… Je ne savais pas qu’il s’était investi pour le projet, il n’a fait que recopier mes notes après tout…

Son visage devint si dur qu’un frisson me parcourut l’échine. Il pointa son index sur moi.

  - Allons allons Marie, qu’est-ce qu’il te prend ? Tu es tombée sur la tête ou quoi ? Tu ne vas pas être jalouse d’un stagiaire tout de même ?

Je reculais d’un pas.

  - Cela n’a rien à voir avec de la jalousie voyons, tu me connais quand même depuis un moment pour savoir que ce n’est pas mon genre… Simplement, pour être honnête, je trouve qu’il n’a pas mérité tous ces compliments publics.

Il me toisa.

  - Ecoute Marie, tu m’as dit toi-même, et ça ne date pas d’aujourd’hui, que tu avais horreur d’être mise en avant, que cela te mettait mal à l’aise alors j’ai pensé que ça ne te gênerait pas que ce soit Stéphane qui reçoive les honneurs pour cette fois ! Tu sais, il est jeune, peu sûr de lui… Il faut lui faire croire qu’il a des responsabilités, l’encourager, lâcher du lest comme ça, il se donnera à fond pour la boîte.

Sa façon de me faire la morale me déplut car je pensais être dans mon bon droit.

  - Ta stratégie peut aussi aboutir à l’effet inverse Pierrick. Je ne t’en ai pas parlé car j’ai remarqué que tu avais beaucoup d’affection pour ce garçon mais depuis quelques temps, il prend un peu trop ses aises avec moi. Il ne sait pas taper un courrier sans faire trois fautes par ligne !

Pierrick parut franchement agacé par mon comportement. Son regard vira au noir.

  - Si ce n’est pas de la jalousie alors je me demande ce que c’est ? Je ne te connaissais pas si mesquine Marie ! Tu me déçois terriblement.

Stéphane n’est peut-être pas doué en orthographe mais c’est un artiste lui.

N’oublie pas non plus qu’il est presque aussi jeune que toi quand je t’ai embauché. Si je t’avais traité de la sorte, te serais-tu autant investie dans MON entreprise ?

Son regard d’acier me fit baisser les yeux honteusement. J’avais fini par oublier que ce n’était pas mon entreprise et il venait de me le rappeler de la plus humiliante des façons.

Il regarda sa montre.

  - Bon il faut que je file, nous reparlerons de tout cela un peu plus tard veux-tu ?

Il fila rejoindre les clients et je les entendis rire. Le rire de Stéphane résonna en moi comme une promesse funèbre.

 

Autant dire que plus les minutes passaient, plus j’avais la désagréable impression de m’être très mal comportée, d’être une hypocrite, une minable, une mégère, une harpie, une jalouse, une raclure, une roulure même…

Plus le soir approchait et plus je craignais de me retrouver en tête à tête avec Pierrick. Il ne manquerait pas de me reprocher encore et encore ce regrettable incident mais je trouverais bien un moyen de me faire pardonner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                      CHAPITRE 5

 

 

Louisa était déjà repartie lorsque j’arrivai à la maison. Elle m’avait laissé un mot sur la table :

 

« Marie, je suis passée voir le voisin qui bien sûr n’a pas répondu ! Je lui ai laissé un mot dans sa boite aux lettres. Bon week-end, à dimanche. »

 

Je chiffonnai le papier et me laissai tomber lourdement sur une chaise.

On était vendredi soir, Pierrick n’était pas repassé au bureau et avait fait appeler Stéphane pour me faire dire qu’il avait un empêchement pour le dîner !

Excellente manière de me faire comprendre qu’il n’avait pas digéré mon comportement de fin de matinée !

Je restai un moment vautrée sur la table à m’insulter mentalement puis je décidai de me punir. Tout d’abord, j’enlevai ma jolie petite robe noire et mes talons et j’allai directement vers le placard de ma chambre choisir une tenue digne de mon âme mesquine : mon vieux survêtement violet et vert fluo qui pochait aux genoux. Ce week-end serait celui de ma pénitence. J’allais donc faire en sorte qu’il soit aussi morne et ennuyeux qu’un épisode de Derrick et moi je serais morne et laide, sans aucun spectateur pour me contempler !

 

J’essayai sans y parvenir de ne pas penser à Pierrick. Son visage outragé ne cessait de me hanter. Il avait l’air si content de son poulain, comment avais-je pu lui gâcher ce beau moment ?

Il fallait absolument que je me rattrape lundi en présentant des excuses. Je ne tenais pas à ce qu’il garde cette vilaine image de moi.

Je passai la soirée avachie sur le canapé à regarder des programmes dignes de mon quotient intellectuel de bulot lymphatique : La croisière s’amuse, Qui veut gagner des millions, et même les Télétubbies qui finirent par m’endormir.

 

Un terrible cauchemar me sortit du sommeil. J’étais en sueur et la télévision marchait toujours en sourdine. J’avais rêvé que Pierrick et Stéphane se faisaient piétiner par un troupeau de chevaux à Deauville et que c’était Stinky Winki qui m’avait sauvée en m’attrapant au lasso mais finalement m’attachait à un poteau et approchait un fer chauffé à blanc près de ma cuisse…

 

Ce samedi matin s’annonçait merveilleusement bien. Aucun bruit ne m’était parvenu de chez le voisin. Le petit mot de Louisa avait du faire son effet.

Après avoir déjeuné copieusement, je décidai de me laver l’esprit des restes de culpabilité et de honte qui subsistaient dans les recoins de mon cerveau tordu en faisant le ménage. Je n’avais jamais rien connu de mieux pour me ressourcer que de faire le ménage. Ce n’était pas du tout une tradition familiale, c’était ma marotte.

Armée de mon chiffon et de mon aspirateur, je m’attaquai aux poussières de toutes les pièces de la maison.

 

Les heures passèrent. Tout fut admirablement récuré, javellisé, aseptisé et stérilisé dans les pièces communes. Je m’effondrai sur le canapé, repue, heureuse, satisfaite quand au bout d’un moment, une idée pas catholique me traversa furtivement l’esprit : si je profitais d’être seule pour fouiner dans la chambre de Louisa ?

Cette idée se transforma en quelque chose de beaucoup plus charitable afin que ma conscience, déjà fortement ébranlée, me donne le feu vert.

Et si, pour faire plaisir à Louisa, je faisais le ménage dans sa chambre ?

Ma conscience, que j’avais roulé dans la farine me donna le feu vert en me suggérant que c’était une attention très charitable.

Auréolée comme une sainte, j’allais donc pénétrer dans la chambre de Louisa lorsque la sonnette de la porte d’entrée me fit tressaillir de peur.

Je refermai la porte précipitamment comme prise en faute, les jambes flageolantes.

 

Qui pouvait bien passer me voir un samedi matin en sachant que personne ne venait jamais me voir même les autres jours de la semaine ?

Une deuxième sonnerie plus longue retentit et je me collai contre le mur du couloir le souffle court.

Et si c’était le voisin qui n’avait pas apprécié la lettre de Louisa qui venait me fracasser le crâne ?

Cela ferait un très mauvais fait divers pensais-je en moi-même et je décidai de ne pas répondre, courageusement aplatie contre le mur.

La sonnette retentit encore une fois puis plus rien. Le voisin avait du repartir !

 

Prudemment, je marchai à tâtons vers le salon lorsqu’une voix criarde me fit dresser les cheveux sur la tête. Une voix reconnaissable entre mille…

 

 

 

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S
j'en doute pas, tu penses bien que sinon y'a longtemps que j'aurais déserté les lieux.
Répondre
M
<br /> vous êtes bien charitable monsieur Stipe si on exclut toutes les saloperies que je sais sur vous<br /> <br /> <br />
S
chienne, t'avais pas le droit d'envoyer la pub à ce moment là !!<br /> <br /> "Ma conscience, que j’avais roulé dans la farine", j'ai bien aimé cette phrase, jaloux que tu l'aies piquée à mon imaginaire hypothétique.
Répondre
M
<br /> Le meilleur est encore à venir dans le genre phrases sublimes sorties d'un esprit divin<br /> <br /> <br />