La vie de Marie ( ch 11)

Publié le par Milène se déchaîne

                                     CHAPITRE 11

 

 

J’étais assise à l’arrière de la voiture. Narcissia n’arrêtait pas de parler de tout et de rien. Surtout de rien. Elle semblait ne pas avoir pris la cuite du siècle la veille, elle était resplendissante et n’avait pas voulu me croire quand je lui avais dit qu’elle n’avait pas arrêté de faire voir ses fesses à tous ses nouveaux amis.

 

Pourquoi m’étais-je laissée entraîner dans cette sortie stupide ?

Le voisin conduisait lentement et le trajet me parut interminable.

A chaque fois que je regardais dans le rétroviseur, je croisais un regard d’acier en partie dissimulé par une mèche noire.

 

Je ne savais pas grand-chose de lui si ce n’est qu’il était musicien. Après tout, peut-être sortait-il d’un asile psychiatrique ? Peut-être qu’en nous raccompagnant ce soir là, il serait subitement rendu fou par les énormités que raconterait ma sœur ? Remarquez, à bien y réfléchir, n’importe qui deviendrait fou après quatre heures passées avec elle ! Et dire que Manolo était resté dix ans avec elle… D’ailleurs à ce propos je me demandai ce qui avait bien pu se passer entre eux…

Je regardai à nouveau dans le rétroviseur, agacée. Dieu que je n’aimais pas la nouveauté, rencontrer des gens nouveaux, repasser à chaque fois par les questions et les protocoles d’usage, faire semblant de se trouver des points communs et être obligée de subir des conversations ennuyeuses.

Narcissia quant à elle, était surexcitée de se rendre à ce vernissage. Elle sautait sur son siège, mettait la musique à fond, fumait même un joint avec le voisin. Elle n’avait lésiné ni sur le maquillage, ni sur les fringues, elle s’était surlâchée.

  - Tout le monde va nous voir arriver… redoutais-je.

 

Cela ne rata pas. Juste après que nous ayons passé la porte, le bourdonnement des conversations devint chuchotement. Narcissia traversa la galerie comme une reine qui passe au milieu de ses sujets.

Les regards se firent envieux pour les hommes, haineux pour les femmes.

Je décidai de marcher derrière eux et les laissai entrer dans l’arène. Je me dégotais un petit coin, à semi cachée par un poteau d’où je pourrais voir sans être vue.

Alors que j’observais la faune qui constituait ce genre de réception, mon regard stoppa net sur un petit groupe s’avançant vers moi.

Le cœur battant, je me dissimulai rapidement derrière mon pilier.

C’était bien Pierrick qui était là et il semblait m’avoir vue.

 

Il arriva lentement, de sa démarche féline avec à son bras son épouse Catherine. Je pris mon air étonné de le trouver ici, en essayant de garder une certaine contenance et de maîtriser mon fatal rougissement des joues lorsque j’étais mal à l’aise. Stéphane se tenait en retrait affichant ce sourire narquois qui ne le quittait plus dès qu’il m’apercevait. Pierrick, c’était certain, ne s’était pas gêné pour lui raconter mon extrême bassesse à son égard.

Pierrick vint se planter devant moi.

  - Tiens tiens… Mais regardez qui voilà… Comme c’est étrange de vous croiser ici Marie ! Je ne vous connais pas de goût pour la peinture où pour l’art en général…

Sa femme me tendit gentiment la main en arborant un sourire adorable.

  - Ravie de vous revoir Marie. Puis regardant son mari.

  - Eh bien tu vois chéri, tu ne connais pas tout de tes collaborateurs…

Pierrick avait planté son regard azur dans le mien, regard toujours lourd de reproches.

Evidemment, Narcissia choisi ce moment d’extrême tension pour surgir, telle une égérie évanescente, pour se poster à côté de moi, attendant de bon droit que je la présente au petit groupe.

  - Pierrick, Catherine, je vous présente ma sœur Narcissia. Narcissia, Pierrick, mon patron et son épouse Catherine…

Narcissia leva élégamment son bras en direction de Pierrick qui se courba pour lui faire le baisemain de rigueur sous l’œil agacé de sa femme.

  - Alors c’est vous le fameux Pierrick qui me rendez ma petite sœur épuisée le soir…

Le regard de Pierrick allait de ma sœur à moi, ce maudit regard des gens sur nous, étonné.

  - Alors ça, enchanté de faire vôtre connaissance Narcissia… Je connaissais plus ou moins votre existence mais Marie ne parle jamais beaucoup de sa famille… Vous n’étiez pas installée au Brésil ?

 

Ça y était. Narcissia avait captivé l’attention du groupe et de Pierrick en particulier qui prit un malin plaisir à la prendre par le bras et à l’entraîner vers le bar pour lui offrir un verre. Je la regardais faire et je me dis que rien ne changerait jamais, elle serait toujours là pour me pourrir la vie. Elle était en train de le séduire, comme tous les autres, elle riait aux éclats, elle prenait sa moue boudeuse, elle lui pressait le bras, secouait sa crinière et il la regardait, fasciné.

Stanislas se posta à côté de moi, surgit d’on ne sait où.

  - Venez, on va au bar, il me faut quelques verres pour supporter ce conglomérat d’hypocrites !

 

Alors que nous sirotions une coupe de champagne un peu à l’écart, Pierrick m’aperçut et parla à l’oreille de ma sœur. Elle nous regarda en souriant et lui répondit. Le regard de Pierrick changea, mi-intrigué, mi-contrarié, du moins c’est ce que je supposai alors car il toisa Stanislas avec dédain. Il le regarda longuement puis reprit sa conversation passionnante avec ma sœur.

La femme de Pierrick semblait aussi peu à l’aise que moi au milieu de cette faune composée de pseudo artistes, pseudo journalistes et de beaucoup de pique-assiettes.

Elle regardait Pierrick palabrer avec ma sœur, se tenant à l’écart comme une petite fille punie et j’eus honte de moi. C’est bizarre mais à cet instant, je me sentis proche de ma rivale, de celle que Pierrick disait vouloir quitter pour moi, de celle qu’il me décrivait comme un véritable dragon, méchante et sans cervelle… Pour l’heure, elle avait l’air d’une femme amoureuse, malheureuse et perdue.

Stanislas me pressa l’épaule et m’entraîna contempler le travail de son frère Yvan.

  - Vous en pensez quoi Marie ?

A vrai dire, je ne pensais plus qu’à Pierrick et Narcissia qui riaient aux éclats au milieu d’un groupe captivé mais je tentais un avis assez sobre histoire de ne froisser personne.

  - Eh bien, c’est intéressant ces paysages de chaos, ces carcasses de voiture amoncelées, c’est sûr que ça tranche avec ces gens qui dînent nus juste à côté d’une voiture en feu… Quelle imagination…

Stanislas eut un petit sourire, le premier de la soirée.

  - C’est pas de l’imagination qu’il a mon frère, cet endroit existe vraiment et je peux vous assurer que les gens n’ont pas eu à prendre la pause ce jour là !

  - Ah, c’est original tout ce … délabrement…

  - Je vous emmènerais un de ces quatre si vous voulez, ça vaut le coup d’œil !

Je m’entendis répondre « oui pourquoi pas » sans en penser un mot tandis que Pierrick toujours au bras de ma sœur se dirigeait vers nous…

  - Nous allons dîner avec quelques amis au Blue Eléphant, ça vous dit de vous joindre à nous ? m’asséna Pierrick d’un ton supérieur.

Narcissia, toujours pendue à son cou se crut obligée de répondre à ma place.

  - Si vous arrivez à la faire sortir de sa tanière celle-là, je vous donne le Nobel !

Je jetai un regard circulaire pour tenter d’apercevoir la femme de Pierrick mais elle avait disparu.

  - Votre femme ne se joint pas à nous Pierrick ? demandais-je innocemment.

Pierrick balaya cette éventualité d’un geste de la main.

  - Avec tous ces cachets qu’elle ingurgite elle s’endormirait à table ! Je l’ai renvoyée à la maison la pauvre…

J’aurais dû être contente, sauter sur l’occasion de passer une soirée avec lui mais de voir Narcissia et Stéphane pendus à ses bras m’écœura considérablement, je ne faisais pas le poids…

J’allais répondre non mais Stanislas me devança.

  - En fait, on venait juste de décider qu’on allait dîner tous les deux en amoureux… Monsieur ?

Stanislas venait de passer un bras sur mon épaule et s’adressait, de toute sa hauteur à un Pierrick ouvrant de grands yeux.

  - Monsieur Dravalec pour vous servir… A qui ai-je l’honneur ?

Stanislas se redressa et s’inclina vers Pierrick

- Stanislas Pavlovitch monsieur !

Narcissia me regarda elle aussi surprise mais elle me fit un clin d’œil plein de sous-entendus goguenards.

  - Allons Pierrick, pour une fois que ma sœur a un rendez-vous galant nous arriverons à nous passer de sa charmante compagnie, après tout vous la verrez au bureau demain matin !

Pierrick nous jeta une dernier coup d’œil moqueur et ils partirent en bande dîner thaïlandais.

 

Je me tournai vers Stanislas l’air interrogateur et quelque peu furieux.

  - Quoi ? Ne me dites pas que je ne vous ai pas rendu service !

  - Mais rendu service de quoi, vous avez un problème vous ou quoi ?

Il sirota son cuba libre sans dissimuler un petit sourire en coin.

  - Allons Marie, bien sûr que je vous ai rendu service… Vous couchez avec ce type c’est clair mais il prend un malin plaisir à vous rendre jalouse !

  - Je vous signale que c’est mon patron tout de même, qu’allez vous penser, il est marié tout de même !

  - Classique !

Il était vraiment en train de se foutre de moi, il avait tout compris comme ça en nous observant, il n’était pas si enfumé que ça en fait, il était même plutôt intelligent.

Je ne relevai pas cette phrase ironique, je n’avais pas à me justifier face à cet inconnu après tout.

  - Vous pouvez me ramener ?

  - Ah, alors je suis puni, pas de resto en amoureux alors…

  - Pourquoi pas un dernier verre chez vous pendant que vous y êtes ?

 

Il haussa les épaules et nous nous dirigeâmes vers la sortie sans un mot.

Après un trajet mortellement ennuyeux, je retrouvai ma tanière avec bonheur. Le hasard qui peut être votre meilleur ami à certaines occasions avait été cette fois un ennemi fourbe et vicieux…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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