La vie de Marie ( ch.10)
CHAPITRE 10
Ma semaine au bureau avait été si éprouvante que je n’attendais qu’une chose : me glisser dans mon vieux jogging, me faire un plateau télé et dormir.
En approchant de la porte d’entrée, j’eus le mauvais pressentiment que mon programme allait être bousculé. Louisa n’était pas encore rentrée mais la maison retentissait de musique et de brouhaha.
Le salon était envahi de gens que je ne connaissais pas qui ne remarquèrent même pas mon arrivée. Je laissai tomber mon sac à main de dépit.
A ma vue Narcissia bondit du canapé, sublime dans une robe lamée et maquillée comme un camion volé.
- Marie ! Enfin te voilà ! Alors qu’est-ce que je te sers ? Champagne ?
Je la pris par le bras et l’entraînai dans la cuisine, furibonde.
- Mais qu’est-ce qu’il t’a pris enfin ? Tu te permets d’inviter un tas d’inconnus alors que tu es invitée ici sans rien demander à personne et moi j’ai eu une semaine épouvantable au bureau, je suis crevée mais ça, ça te passe au dessus comme d’habitude !
Narcissia se dressa, me toisa comme un coq de combat et s’approcha en titubant, son mojito à la main. Elle empestait l’alcool.
- Ah bah ça alors, quel accueil ! Tout d’abord je tiens à te préciser une chose ! Malgré ce que tu crois, j’ai aussi reçu une éducation figure toi et j’ai demandé la permission à Louisa d’organiser un barbecue avec quelques personnes car j’avais remarqué que tu n’avais pas le moral au beau fixe et elle a trouvé mon idée merveilleuse !
« - Elle a trouvé mon idée merveilleuse ! » éructai-je. Mais tu ne pouvais pas m’appeler moi, ta sœur directement pour me demander ce que j’en pensais !
- Mais ça n’aurait plus été une surprise à ce moment là !
Elle prit son air boudeur et soupira bruyamment.
- Tu pourrais au moins montrer un peu d’enthousiasme et venir boire un coup avec nous, faire connaissance au moins ! Tu te mémèrise, tu le sais ça ?
Elle tourna les talons et retourna parader devant ses nouveaux admirateurs. Dieu sait où elle avait pu rencontrer autant de nouvelles personnes en si peu de temps !
Je m’attablais négligemment à table pour siroter un Coca et me calmer. Toute à mes plaidoiries intérieures, je ne remarquais pas que quelqu’un m’observait appuyé contre le réfrigérateur. Lorsque je l’aperçus, je sursautai. Le voisin se tenait là, fumant une cigarette, me regardant d’un air narquois.
- Bonsoir, Stanislas. Je suis votre nouveau voisin.
- Comment pourrais-je vous oublier ? répondis-je cyniquement.
- Ah, le bruit, la lettre… Votre sœur m’a dit que ce n’était pas vous qui l’aviez écrit.
- J’aurais pu tout aussi bien le faire ou même appeler les flics vous savez…
- C’est vrai que j’ai longtemps vécu à la campagne, dans un endroit totalement isolé et que les seuls êtres que je dérangeais avec la musique, c’étaient les cerfs, les écureuils et les marcassins !
- …
- Enfin bref, excusez-moi de m’être adressé à vous de cette façon mais en plus avec votre look de femme au foyer, je croyais avoir à faire à une mégère hystérique.
- Une mégère hystérique ! pensais-je. C’est exactement ce que Pierrick devait penser de moi en ce moment même…
- J’avoue que vous êtes beaucoup plus mignonne ainsi…
Il but une rasade de champagne.
- Ainsi donc Narcissia est votre sœur !
Et ça recommençait ! Encore ces maudites comparaisons ! Elles ne cesseraient que quand elle partirait mais quand partirait-elle ?
Il dut voir mon air agacé et me servit une coupe de champagne. Je finis par l’accepter, après tout cela me détendrait certainement.
- Ça vous agace que je vous parle de votre sœur ?
- Non, ce qui m’agace c’est l’air que prennent les gens quand ils voient ma sœur pour la première fois ! Une fois on m’a même demandé si je n’avais pas été adoptée, j’avais dix ans et Narcissia très sérieuse a dit que mes parents étaient allés me chercher dans un orphelinat roumain ! Elle a réussit à me faire pleurer toutes les larmes de mon corps cette sadique !
- Je comprends ce que vous ressentez !
- Ah ? Vous avez des similitudes avec une mégère hystérique ?
Il joignit ses mains comme pour prier.
- Je me suis excusé Marie !
Je me détendis soudain et lui envoyai un sourire
- C’est vrai, c’est vrai, n’en parlons plus…
- Comme je vous disais, j’ai moi aussi un frère de deux ans mon aîné et j’ai toujours vécu dans son ombre. Ivan a comment dire ? Une forte personnalité et physiquement, on ne se ressemble pas du tout… Quand il entre dans une pièce, le silence se fait… Vous voyez, genre, il magnétise les gens… Ça a été dur pendant l’adolescence mais maintenant ça va mieux ; chacun a trouvé sa voie…
La coupe de champagne avait fait son effet et je me sentis beaucoup plus détendue. Stanislas me proposa de rejoindre les autres dehors et de manger quelques grillades et, à mon propre étonnement, j’acceptais.
Tout le monde était en état d’alcoolisation avancé mais je crois que ma sœur battait des records. Elle allait de groupe en groupe et se montrait plus qu’affectueuse avec les hommes, agaçant les autres femmes comme à son habitude.
Lorsqu’elle nous aperçut, elle se rua sur nous et manqua de tomber deux fois : c’est sur qu’il n’était pas pratique de marcher sur la pelouse avec des Louboutin au pieds…
- Ah ma petite sœur ! beugla t-elle en s’étalant pratiquement sur moi. Je suis si contente de te voir ! Ah, si t’avais pas été là pour m’accueillir, je me serais suicidée, oui, je me serais jetée dans la Seine ou sous un camion…
- T’es complètement bourrée Narcissia ! Vas te coucher où demain tu ressembleras à rien !
Elle se redressa en tentant de s’accrocher à Stanislas qui la soutint en souriant.
- T’es vraiment une moralisatrice de première toi ! J’ai bu que quelques mojitos et après tout ce que je viens de subir, j’ai bien le droit de m’amuser un peu tu ne crois pas ? N’est-ce pas Stanislas que j’ai le droit de m’amuser ?
Il la redressa et l’assit sur une chaise gentiment.
- Mais bien sûr que vous avez le droit de vous amuser Narcissia mais n’oubliez pas que demain je vous ai invité au vernissage de mon frère Yvan, vous vous rappelez ? Il y aura tout le showbiz et tout le gratin ! Ça serait dommage que vous ne soyez pas en forme !
Elle se releva d’un bond comme si on lui avait injecté des amphétamines dans les veines.
- Ah oui, le vernissage, c’est vrai… Mais j’arrête de boire tout de suite si Marie vient avec moi demain, je suis trop intimidée et je n’y connais rien en peinture…
Quelle comédienne ! Elle serait aussi intimidée qu’une meute de tigres à la chasse à la gazelle !
Stanislas me regarda d’un œil interrogateur et Narcissia d’un œil larmoyant.
- Bon d’accord, je viendrais, je viendrais…
Elle me sauta au coup puis repartit illico au bar se servir un double mojito…