La vie de Marie ( ch.13)

Publié le par Milène se déchaîne

                   CHAPITRE 13

 

 

Quand je me levai, je n’aspirais qu’à une chose : déjeuner en paix, prendre un transat, m’allonger au soleil et lire un bon bouquin.

C’était sans compter ma sœur déjà debout, en pleine forme, son énorme chat sur la table de la cuisine en train de dévorer un pain au chocolat.

Cela me mit d’humeur massacrante.

  - Fais descendre ce chat Narcissia, c’est dégoûtant !

Elle le caressa en souriant, béate d’admiration.

  - Tu as vu Elvis cette inculture de ma pauvre sœur ! Il n’y a rien de plus propre qu’un chat.

  - Bon, fais ce que tu veux après tout, tu t’expliqueras avec Louisa…

  - Ah au fait Louisa m’a dit de te dire qu’elle partait en week-end prolongé… A mon avis, ça sent la bite à plein nez ça ou je ne m’y connais pas ! Sous ses airs un peu farouches celle-là, ça doit être une sacrée chaudasse !

Je m’adossai contre le frigo pour boire mon café tandis que je l’observais.

Cette fille était tellement égocentrique, occupée à s’observer le nombril qu’elle n’avait même pas vu que Louisa était lesbienne. La psychologie de ma sœur était binaire : il y avait elle et puis les autres. Je ne relevai même pas car elle était capable de faire plein de sous-entendus graveleux et scabreux à Louisa et ce serait encore moi qui prendrais. Je soupirai de découragement.

  - Ce que tu peux être vulgaire par moments…

  - J’appelle un chat un chat c’est tout… Manolo n’aimait pas ma franchise lui non plus… J’espère qu’il en bave et que je lui manque horriblement.

 

Rien que de penser à Manolo, le fou rire me prit. Comme il devait être tranquille, comme il devait enfin respirer…

Elle me lança un œil noir.

  - Et ça te fait rire, tu n’as vraiment pas de cœur, tu ne penses qu’à toi ! Bon c’est pas grave, je suis pas rancunière… Avale ton café et va t’habiller, je t’ai réservé une surprise : on va chez le coiffeur !

  - Alors je te le dis tout de suite, j’ai prévu autre chose et en plus c’est férié alors…

  - Non mais tu as vu ta tête ? Je te propose de t’emmener dans le must salon de la capitale et tu veux pas venir ! T’es dingue ou quoi ? C’est le salon de coiffure de tout le gratin, j’ai raconté un tel pipeau pour pouvoir obtenir un rendez-vous pour nous deux que ça mérite un effort de ta part !

Je me retournais pour me regarder dans la porte du four et c’est vrai que le reflet de mes cheveux dans la porte était assez apocalyptique.

Mouais, après tout, pourquoi la contrarier de si bon matin, de toute façon, je n’avais rien à perdre et rien à attendre de ce jour férié…

 

Une fois habillée, j’attrapai mes clefs de voiture mais Narcissia me dit que ce n’était pas la peine.

  - On a un chauffeur aujourd’hui !

  - Ah ouais et c’est qui ?

  - Euh, c’est Stanislas, il a une répétition sur Paris, il nous dépose. C’est sympa non ?

  - Encore lui ! Mais tu t’es pacsée avec lui où quoi ?

  - Mais c’est lui qui s’est proposé ! Je ne voulais pas le vexer ça avait l’air de lui faire plaisir ! Enfin, il s’est proposé quand il a su que tu venais avec moi. A mon avis, il a flashé sur toi, je me demande bien pourquoi d’ailleurs, lui qui est si fêtard et intelligent…

  - De mieux en mieux, tu joues les rabatteuses maintenant !

Elle haussa les épaules et me regarda avec condescendance.

  - Tu sais Marie, si tu n’étais pas ma sœur, je ne te trouverais aucun, mais alors, aucun intérêt !

  - C’est marrant, tu me retires les mots de la bouche !

 

Narcissia s’occupa de la conversation avec Stanislas et je pus contempler le paysage en rêvassant à ce qu’il s’était passé avec Pierrick. Tout n’était pas mort apparemment, ce n’était qu’une tempête passagère.

Il nous déposa au coin de la rue et nous envoya un petit signe de la main.

Je lui en envoyai un aussi en chuchotant.

  - Quel con !

Narcissia pouffa.

  - Ah, ça c’est le début de l’amour Marie ! C’est exactement ce que je pensais de Manolo quand je l’ai rencontré…

  - Ouais ben t’as vu ou ça t’as mené ?

 

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