La vie de Marie ( ch.14)

Publié le par Milène se déchaîne

                    CHAPITRE 14

 

 

 

Lorsque nous pénétrâmes dans le hall du salon j’eus une irrésistible envie de faire demi tour mais déjà, trois filles m’avaient ôté ma veste et enfilé un peignoir de force.

A bien y regarder, cela ressemblait plus à un temple antique qu’à un salon de coiffure avec ses grandes colonnes et ses fresques murales un peu cheap mais apparemment, d’après Narcissia c’était le must absolu du moment…

Nous montâmes un interminable escalier de marbre pour parvenir dans une immense salle bruyante et grouillante. Evidemment tous les regards se portèrent sur nous ce qui me mit éminemment mal à l’aise.

 

Tandis que Narcissia restait plantée en plein milieu bienheureuse encore une fois d’être le centre d’attention, je me dissimulai tant bien que mal derrière une des colonnes en stuc.

Un jeune homme vint se planter devant moi.

  - Eh bien, qu’est-ce qu’elle fait cachée là dans son petit coin celle-là ? Elle vient pour une coupe ? Une couleur ?

  - Euh, les deux… répondis-je sans conviction

  - Et ben voilà ! Elle va me suivre dans le salon de droite alors la grande fille !

Je n’avais encore jamais vu un garçon habillé en jupe kilt à part dans les défilés de Jean-Paul Gaultier à la télévision !

Il m’installa sur un siège et me tendit des magazines people.

Je jetais discrètement un coup d’œil alentour pour me faire une idée de mon voisinage.

Les deux sièges voisins étaient occupés par deux femmes blondes qui me détaillèrent sans se cacher, sous toutes les coutures en arborant un demi sourire plein de sous-entendus.

Elles devaient être âgées d’à peu près une cinquantaine d’années si j’en jugeai non pas leurs visages lisses comme des fesses de bébés mais par leurs mains remplies de tâches de vieillesse qu’elles tentaient de dissimuler tant bien que mal sous des tonnes de bagues énormes et de bracelets.

Je pensais en les observant qu’elles étaient peut-être sœurs mais je m’aperçus que toutes les clientes du salon auraient pu l’être, jeunes et vieilles : blondes, minces, très maquillées, un portable vissé à l’oreille sinon deux, voix tonitruante, une exubérance inscrite dans leurs gènes.

 

Le jeune homme revint et m’attrapa les cheveux comme une vulgaire botte de foin.

  - Et bien dites donc, elle ne prend pas soin de ses cheveux la vilaine ! Il était temps de venir nous voir ! Jérôme ! Tu peux venir voir ça ?

Le Jérôme en question, cheveux longs et maquillé tel Dracula arriva prestement une paire de ciseaux dans une main et un peigne dans l’autre, pouffant et se déhanchant à outrance. Il était ridicule.

Il m’attrapa à son tour les cheveux en yuyutant tellement fort que tous les regards se tournèrent vers nous comme s’il y avait un évènement incontournable à ne pas rater.

  - Mon Dieu, la dernière fois que j’ai vu de tels cheveux c’est quand je suis allé voir Mémé Renée dans la Creuse ! C’est tout à fait la signature d’une coiffeuse de province si tu veux mon avis !

Un ricanement commun s’éleva dans les airs et parvint à mes oreilles qui commençaient à s’échauffer.

Je lui lançai un tel regard qu’il finit par s’apercevoir de ma présence.

  - Alors, qu’est-ce qu’on lui fait exactement ?

  - A vous de voir, c’est votre métier après tout ! répondis-je d’un ton mauvais.

  - Hum, hum, je vois, marmonna t’il en lançant un clin d’œil à l’autre coiffeur.

  - Bon Jérôme, va chercher Eva. Dis lui qu’on a un cas 8 pour elle. On va lui faire un ton sur ton trois couleurs et pour la coupe, on verra après.

 

La fameuse Eva débarqua munie de son attirail. Vu sa tête, elle avait au moins autant envie que moi d’être là. Elle s’acquitta de sa tâche en faisant une tête d’enterrement regardant sans arrêt par la fenêtre et mâchant avec force un chewing-gum. Si par hasard mon regard croisait le sien dans le miroir, elle m’envoyait un sourire forcé.

 

Cela faisait maintenant plus d’une heure et demie que je subissais les conversations dignes de celles d’une truite morte de mes voisines et j’avais le crâne qui commençait à bouillonner.

Bizarrement, la voix de Narcissia qui s’élevait au dessus de toutes les autres me réconforta pour une fois.

Dans ce milieu, elle était comme un poisson dans l’eau. Je l’entendais parler de New York, de son loft sur l’île de la Cité qu’elle venait de faire redécorrer par Jacques Garcia, de la ligne de bijoux fantaisies hauts de gamme qu’elle avait proposé à la maison Hèrmes qui s’était montré plus qu’enthousiaste, de son ranch au Brésil ( ça au moins c’était vrai) et de toute sorte de choses plus énormes les unes que les autres.

Comme d’habitude, la mythomane qu’elle était pensait avoir trouvé un public à sa hauteur et elle n’avait pas tord apparemment car tous ses spectateurs, clientes et coiffeurs, semblaient tout simplement captivés, avides d’en savoir plus sur elle…

 

Après quatre heures d’interminables tortures capillaires, nous en eûmes enfin terminé.

 

En descendant l’escalier paré de grands miroirs, je constatai avec effroi que Eva la coloriste était en fait une psychopathe en liberté conditionnelle.

J’avais la tronche de Janis Joplin à son concert de Woodstock en 1969 après trois heures de récital, trois bouteilles de bourbon et dix rails d’héroïne.

Des plaques rouges parsemaient mon front et mes yeux, sous l’effet des néons, étaient devenus deux cavités rouge vif.

Ma sœur quant à elle était superbe et fraîche comme une rose, comme d’habitude…

Elle était en grande conversation avec le coiffeur qui l’avait raccompagnée jusqu’au vestiaire. Elle lui parlait sur le ton de la confidentialité.

  - Ecoutez Jean-Paul, il faut que je vous dise, et je suis sincère… Vous avez fait des miracles… Et Dieu sait que je suis très, très difficile et exigeante pour mes cheveux ! Même à Los Angeles ils ne m’ont jamais si bien réussie. Ah ça, dès que je rentre, je fais un papier sur votre salon et je le faxe à Anna à New York…

Le coiffeur commença à transpirer à grosses gouttes.

  - Anna ? C’est la « Anna » à laquelle je pense ?

Narcissia sourit de toutes ses dents.

  - Oui c’est la Anna à laquelle vous pensez ! Avoir un papier dans le Vogue américain c’est au moins 30% de chiffre en plus dès cet hiver si je calcule bien !

Le coiffeur, au bord de la syncope nous demanda de patienter devant la caisse un moment. Narcissia n’arrêtait pas de regarder sa montre d’un air impatient.

Tout à coup, un homme d’une cinquantaine d’années sortit du néant et se dirigea tout en courbettes vers ma sœur.

  - Mademoiselle, permettez moi de vous offrir votre coupe et votre couleur, ce n’est pas tous les jours que nous recevons des clientes telles que vous…

Ma sœur prit un air offusqué.

  - Non, non, non, il n’en est absolument pas question voyons ! J’ai horreur des passe-droits, des privilèges enfin de tout ça quoi.

Elle fit mine de fouiller dans son sac tout en parlant bas.

  - C’est très gênant, tout le monde nous regarde…

 

Quelle comédienne ! Quelle formidable comédienne ! Elle avait vraiment un don pour embobiner les gens !

Elle arriva même à se faire rougir par un procédé que je ne connaissais pas !

L’homme la stoppa, lui fit un baisemain et la raccompagna gentiment jusqu’à la porte.

Elle sourit, faussement gênée aux caissières et sortit avant qu’ils ne changent d’avis.

 

Quant à moi, je ressortis du salon allégée de 250 euros, la gueule de raie de la caissière en prime et une tête à faire peur aux gosses. Ah et j’allais oublier, la tête farcie des conversations des autres clientes. Avec ça j’avais un stock de lieux communs pour une année entière…

 

 

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Commenter cet article
M
Ah et bien je peux le dire maintenant elle existe réellement la Narcissia...
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H
ben voilà, moi qui avais l'idée saugrenue d'aller me faire tater la coupe dans un salon parisien, je suis un peu refroidie sur ce coup là....
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M
<br /> <br /> Très chère Henriette, là aussi je dois dire que c'est une histoire vécue alors maintenant je vais chez le coiffeur de ma mémé!<br /> <br /> <br /> <br />
S
elle m'excite la Narcissia, je t'assure...
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M
<br /> Tu veux te faire émasculer où quoi?<br /> <br /> <br />