La vie de Marie ( ch.18)
CHAPITRE 18
Après une demi-heure de route sans un mot ou presque, je me demandais si je ne m’étais pas enthousiasmée un peu trop vite.
Stanislas, caché derrière ses lunettes noires et fumant cigarette sur cigarette semblait pensif, limite contrarié.
La ville s’éloignait peu à peu laissant apparaître une campagne rurale, désuète et quasi déserte.
Je voyais des hameaux défiler perdus au milieu de grands champs céréaliers.
Dieu que la Beauce était déprimante ! Surtout par grand beau temps !
L’horizon, quand ce n’est pas l’océan vous donne le blues et le vertige et moi, j’avais le vertige en repensant à ce que j’avais vu dans le bureau.
L’image de Stéphane et de Pierrick revenait sans arrêt me hanter d’autant plus que Stanislas ne m’adressait pas la parole.
Ces quelques jours à la campagne me permettraient tout de même de ne pas subir ma sœur et ses sautes d’humeur, ma sœur et sa beauté agaçante, ma sœur et son monstre félin.
Ainsi que Scarlett O’Hara, j’aviserais demain sur ce que j’allais bien pouvoir devenir. Il était bien évident que je ne pouvais en aucun cas continuer de travailler avec Pierrick mais pas question pour autant de démissionner. Cette fois ci je ne me laisserais pas faire et il avait intérêt à me licencier économique avec une belle prime en plus pour bons et loyaux services.
Après une heure de route un peu pénible, le paysage devint plus amical, les routes se firent plus sinueuses et nous traversâmes de charmantes bourgades aux petites maisons en pierre fleuries et aux volets de couleur. J’aurais bien aimé m’arrêter dans une de ces petites maisons rassurantes mais nous continuâmes à nous enfoncer vers les ténèbres des sous-bois.
Stanislas releva ses lunettes et sembla enfin s’apercevoir de ma présence.
- On est bientôt arrivés ! me dit-il comme s’il avait deviné que je me posais la question.
Nous étions au beau milieu des bois lorsqu’il tourna brusquement sur une allée non goudronnée et pleine de trous.
Un frisson me parcourut l’échine. En fin de compte, je ne le connaissais même pas et nous roulions vers je ne sais quel endroit isolé où soi-disant, de très bons amis à lui habitaient. Mais qui pouvait habiter ainsi au milieu des bois en 2007 ?
Si ça se trouve pensais-je, ma naïveté encore une fois m’aura perdue mais définitivement cette fois-ci. Le surlendemain, je ferais partie des faits divers les plus glauques, ceux où l’on parle de ces jeunes femmes trop confiantes qui ont fini violées, torturées et la gorge tranchée au fond d’un fossé dans un sous-bois semblable à celui-ci…
Il semblait tout de même bien connaître ce labyrinthe de végétation feuillu et escarpé, cela ne faisait aucun doute.
Peu à peu, au loin, j’aperçus une clairière et au milieu, ce qui ressemblait vaguement à une grande ferme avec des dépendances et je me sentis vaguement rassurée quand il sourit enfin.
- Ça y est, on arrive ! Ils vont être surpris de me voir !
- Ah ? Parce que tu ne les as pas prévenu de notre arrivée ? m’inquiétai-je
- Bah, tu sais, c’est un peu comme mes parents…
L’inquiétude me reprit aussitôt que nous nous approchâmes. Il était évident que c’était une ferme abandonnée : une montagne de véhicules cassés, défoncés, rouillés étaient entassés la dans la cour de la ferme. Je tentai de me rassurer.
- En fait ton ami Lucien, il est ferrailleur c’est ça ?
Stanislas me regarda d’un air étonné comme si j’avais dit une énorme bêtise.
- Non pourquoi ? Non, il bricole un peu…
Ma question avait eu l’air si déplacée que je m’abstins de tout autre commentaire.
Il se gara près d’une carcasse de tracteur et le premier contact que j’eus avec l’endroit fut celui de mes escarpins dans ce qui semblait être de la bouse.
Je pris mon sac de voyage dans le coffre et suivit Stan dans un dédale de métal de toute sorte.
Au détour de l’une d’elles, une chose effrayante se produisit : un sanglier énorme se mit en arrêt dans l’allée au bout, renifla l’air puis … nous chargea !
Je poussai un cri, sautai dans les bras de Stanislas tandis que la bête se rapprochait et était presque déjà sur nous ! Mon dieu, je n’allais pas être dans les faits divers pour avoir été égorgée par un serial killer mais pour avoir été piétinée et dévorée par un cochon sauvage !
Je fermai les yeux, prête à mourir quand Stan me reposa et éclata de rire. La bête sauvage s’était arrêtée devant lui et remuait la queue comme un gentil toutou.
- T’inquiètes pas Marie, c’est Max, leur sanglier domestique. C’est moi qui l’ai recueilli quand il était tout bébé. Des saloperies de chasseurs avaient tué sa mère. Caresse le tu vas voir, c’est une crème.
J’avais le cœur battant devant l’imposant animal mais autant faire ami ami tout de suite. Je lui flattai donc les flancs et l’animal se coucha à mes pieds, se roula dans la boue à grand renfort de grognements.
Enfin lorsque la bête fut repue de câlins, nous nous dirigeâmes dans ce bric à brac entassé et miracle, au bout d’un moment apparut une porte. Stan entra dans ce qui ressemblait à une cuisine habitée !