La vie de Marie ( ch.17)

Publié le par Milène se déchaîne

                        CHAPITRE 17

 

 

 

 

Je n’arrivais toujours pas à me retaper malgré les piqûres de vitamine que ce dingue de médecin m’avait prescrites.

En fait, j’avais l’impression que toutes mes certitudes ( si chèrement acquises pour quelqu’un qui doute beaucoup) s’effondraient les unes après les autres, tout me glissait entre les doigts. Je n’étais pas celle que je croyais, libre, indépendante, intelligente, aimée d’un être fantastique qui allait divorcer pour moi…

Non, j’étais Marie, petite adolescente attardée, transparente, dotée d’une naïveté approchant celle d’un enfant de quatre ans, stupide, romantique, amoureuse d’un type qu’elle seule n’avait pas vu tel qu’il était : odieux, méprisant et homo de surcroît !

 

A présent, j’étais couchée dans le lit d’un voisin que je connaissais à peine, incapable d’en bouger, incapable de m’arrêter de pleurer, me demandant quel était le sens de ma vie.

Stanislas m’apportait des plateaux repas auxquels je ne touchais guère.

Il ne me parlait pas se contentant de me sourire discrètement et j’appréciais grandement ce comportement délicat.

Il dormait beaucoup le jour et gratouillait sa guitare la nuit et surtout à chaque fois que Narcissia voulait me rendre visite, il disait que je dormais sans que je lui en aie fait la demande et rien que pour ça, mon estime pour lui allait en grandissant.

 

J’avais finalement déduit que Stanislas était le petit fils de l’ancienne occupante de la maison, Madame Pavlovitch, la charmante petite vieille qui se trimballait toute nue dans la rue mais maquillée, coiffée et bijoutée avec le plus grand soin.

Un jour, je lui fis part de ma découverte, satisfaite de pouvoir lancer une conversation avec lui. Il s’assit sur le bord du lit en regardant un peu tristement la photo de sa grand-mère au mur.

- Ah, Alzheimer ça pardonne pas… Mais bon, elle aura eu une vie extraordinaire ma grand-mère. Elle n’a jamais été une mamie gâteau, ça c’est sûr !

- C’était une femme d’une grande classe ajoutai-je, c’est vraiment une horreur cette maladie…

Stanislas acquiesça

- Ce qui me bouffe le plus c’est qu’avec Ivan, on s’était promis de l’emmener en Russie une dernière fois mais elle a commencé à perdre la boule…

T’aurais vu comme elle nous en parlait quand on était petits, on était fascinés, on la harcelait pour qu’elle nous raconte son enfance, les palais, les résidences d’été, les chevaux, les réceptions grandioses avec le Tsar puis la révolution bolchevique, la fuite éperdue à travers l’Europe, la vente des bijoux fabuleux pour survivre et arriver jusqu’en France avec plus rien sinon la dignité, la misère puis les années folles, la vie trépidante entre Montmartre et Montparnasse, les peintres, le cinéma, les amants riches ou fauchés.

Ah, l’âme slave, c’est pas juste un mythe je t’assure…

 

Je m’étais redressée sur mon oreiller, attentive à ce que Stanislas me racontait.

Lui qui avait du mal à aligner trois mots depuis que je le connaissais venait de me raconter quelque chose d’intime et ça me le rendit soudain plus attachant.

Je l’observais à la dérobée tandis que les yeux lointains, dans les steppes de Russie, il racontait.

 

Il n’avait rien du physique slave typique dont Yvan avait hérité. Lui, il avait le teint mat, les cheveux bruns bouclés, les yeux charbonneux, les membres fins et déliés, il était même assez maigre à vrai dire mais tonique toutefois.

Il n’était pas ce qu’on pouvait appeler un « bel homme » pourtant quelque chose d’imposant se dégageait de lui quand il rentrait dans la chambre, peut-être une réminiscence récurrente de ses origines aristocratiques.

Je l’avais remarqué lors du vernissage où nous avions croisé Pierrick et sa troupe qui nous toisaient.

Stanislas s’était adressé à Pierrick comme à un domestique, un gueux sans importance mais sans vulgarité aucune. Cela avait été fait si subtilement que Pierrick ne s’en était même pas rendu compte. De toute façon Pierrick s’arrêtait souvent au code vestimentaire pour savoir à qui il s’adressait ; s’il n’y avait pas un petit crocodile sur un polo ou deux C entrelacés sur une montre ou un sac à main, il ne s’attardait pas. Stanislas il était vrai n’était pas des plus élégants : la plupart du temps en jean et tee-shirt, mocassins et veste noire ( mais je le sus plus tard, le vrai luxe ne se voit pas, il faisait faire ses vestes et ses mocassins sur mesure !).

 

Il redescendit sur terre et planta ses yeux noirs dans les miens.

  - Je dois aller rendre visite à un vieil ami de mon père à la campagne demain, ça te dirait de venir ?

La campagne c’était pas vraiment mon truc et puis, j’allais tout de même un peu mieux, il était temps de rentrer chez moi et de commencer à réfléchir à mon avenir.

  - Euh, écoute, c’est très gentil de me le proposer mais il faudrait quand même que je rentre chez moi maintenant, je t’ai assez dérangé.

  - Tu ne me déranges pas, on peut pas dire que tu sois bruyante, contrairement à ta sœur…

Ma sœur ! Ah, je l’avais oubliée celle-là !

Il fallait vraiment que je me requinque pour avoir la force de la ficher dehors elle son obèse de chat mais là, je n’étais tout de même pas en état de la sentir dans la même pièce que moi alors la campagne me parut soudain plus sympathique.

  - Tu pars quand ?

  - Demain matin huit heures.

  - Je serais prête à huit heures alors !

Il se retourna.

  - Super ! Par contre il faut que je te prévienne que Lucien et sa femme Annie sont un peu spéciaux, faudra pas te formaliser…

Je lui souriais.

  - Quand on a une sœur qui s’appelle Narcissia, on est un peu blasé côté originalité…

 

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H
bah il me plait ce voisin....tu va pas nous l'abimer au moins ?
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M
<br /> Moi aussi y me plait, il est à moi Henriette, chasse gardée!<br /> <br /> <br />
J
J'ai connu un Lucien, je me demande si c'est lui. Par contre j'ai pas connu de Annie, je me demande si c'est elle.
Répondre
M
<br /> Moi j'ai connu un Jean, est-ce que c'est vous?<br /> <br /> <br />