La vie de Marie ( ch.19)

Publié le par Milène se déchaîne

                      CHAPITRE 19

 

 

 

Stanislas appela pour voir s’il y avait quelqu’un dans la maison mais il n’y eut pas de réponse bien que plusieurs cigarettes fument dans différents cendriers.

  - Ils doivent être partis prendre l’apéro chez les voisins… dit Stan en posant son sac.

Je jetai un coup d’œil alentour. Parler de cafarnaum eut été réellement en dessous de la vérité.

 

La maison en soi était une belle bâtisse du 17 ème siècle, un ancien corps de ferme réaménagé, tout en pierres apparentes. Les meubles ne venaient certainement pas de chez Ikea où Conforama, encore moins les tapis persans qui avaient du être magnifiques et coûter une petite fortune.

Malheureusement, les commodes en marqueterie du 18 ème gisaient là comme des épaves de bateaux, leurs tiroirs ouverts contenant des pots de peinture ouverts et dégoulinants, des vieux tricots entamés baignant dans des revues déchiquetées. Les tapis étaient jonchés de boue sèche, de crottes non identifiées, de poils de chien. Au centre du salon trônait une magnifique table de ferme entièrement maculée de papiers, de courriers non ouverts, de restes de nourriture et de vaisselle sale. On pouvait difficilement se faire une idée du jardin tant les immenses baies vitrées étaient opaques de crasse.

Stanislas ne semblait pas choqué de constater l’état des pièces successives et m’entraîna dehors.

A ma grande surprise, le gazon, coupé de près, était digne d’un green anglais !

  - Depuis que Lucien s’est mis au golf, il développe une grande maniaquerie pour sa pelouse… nota Stanislas.

Cela me fit pouffer de rire et il se retourna pour voir pourquoi je riais.

  - C’est rien, c’est rien, c’est que c’est une maison surprenante….

 

Par contre, le salon de jardin était dans un état déplorable et, ce qui avait du être une magnifique grande piscine servait apparemment de déchetterie sous-marine.

En m’approchant du bord, je découvris un monde en décomposition, les vestiges d’une autre ère : un four, un réfrigérateur, des chaises, des jouets, des parpaings et d’autres objets tels qu’un scooter !

 

Enfin, après une bonne demi heure d’attente, je vis déboucher de derrière une haie les heureux propriétaires des lieux qui semblaient détenir l’affection éternelle de Stanislas.

L’homme était aussi costaud et gros que sa femme était sèche, elle affichait une maigreur effrayante et avançait le clop au bec.

Ils se sautèrent littéralement dans les bras avec Stan et il se dégagea une réelle émotion qui me toucha sincèrement et qui me fit oublier un instant que j’allais devoir dormir chez eux et dans quelles conditions !

 

Les présentations faites, nous rentrâmes pour dîner ce que je déplorais intérieurement vu l’état de la salle à manger. Comme je restais plantée dans un coin de la pièce, Annie de sa voix caverneuse abîmée par trente ans de gauloises sans filtres dit à Stan :

  - Vous m’excuserez mais je ne vous attendais pas, je n’ai pas eu le temps de faire le ménage…

Lucien persifla entre ses dents.

  - Ça fait bien longtemps que tu n’attends plus personne va ! Ça se voit que t’es pas une fée du logis…

Celle-ci se retourna vivement vers son mari

  - Ah, tu peux parler toi le bricoleur, vas t’occuper de tes côtelettes et fous nous la paix !

Il s’en alla en maugréant dans sa moustache s’occuper du barbecue.

Elle poussa tout le bordel d’un côté de la table vers l’autre, passa un coup d’éponge et dressa la table tout en fumant comme un pompier. Stan profita de ce qu’elle bricolait en cuisine pour m’informer que je n’allais probablement pas me régaler, qu’ils étaient de piètres cuisiniers tous les deux. Au point où j’en étais…

 

Ils ne me parlèrent pas beaucoup durant le dîner mais cela tombait bien, je n’en avais pas très envie. Je les écoutais parler du bon vieux temps et je réussis à glaner des informations sur mon voisin mystérieux.

En fait, Lucien et le père de Stan s’étaient connus à l’école des Roches, une des écoles les plus prestigieuses de France. Le père de Lucien dirigeait un grand groupe pharmaceutique tandis que le père de Stan avait réussi dans le pétrole.

Une passion commune pour les sports mécaniques avait rapproché les deux gamins délaissés et une indéfectible amitié était née entre eux quand, leurs diplômes en poche, ils avaient bravé leur famille respective en se lançant dans la compétition automobile, le père de Stan en tant que pilote et Lucien en tant que mécano.

On leur coupa les vivres quelques temps ce qui eut pour effet de les plonger dans la galère et de les faire amis pour la vie…

Puis le temps avait passé et Lucien, qui avait mis Annie enceinte, une folle de sports auto qui les suivaient partout et leur faisait la cuisine, fut presque obligé de reprendre le poste paternel et de rentrer dans le rang.

Le père de Stan quant à lui, avait bu et joué sa fortune dans tous les casinos de la terre, dépensé en cadeaux somptueux pour ses nombreuses maîtresses et finalement, un beau matin de juin avait tiré sa révérence en jouant à la roulette russe avec un de ses magnifiques revolvers de collection…

Stan n’avait que dix ans et Yvan douze et ils avaient fini par atterrir chez l’oncle Lucien qui les prit en charge en plus de ses cinq enfants aux noms improbables, leur mère, remariée et riche, voyageant aux quatre coins du globe sans trop se soucier de sa progéniture.

 

Le mauvais vin que Lucien me servait continuellement me plongea dans une douce torpeur. Je ne pensais plus à rien, plus à Pierrick, plus à Narcissia, plus à mon avenir. Je les écoutais avec amusement se bouffer le nez devant nous à tout propos.

Lucien qui ne m’avait déjà pas l’air bien net point de vue hygiène mangeait assez salement, parlant la bouche pleine, de la sauce tomate plein les moustaches.

Cela n’avait l’air d’écoeurer personne. Je touchai à peine à mon assiette, ne pouvant détacher mes yeux de ces deux énergumènes venus d’un autre monde…

Tout à coup, un filet de vin coula longuement sur le tee-shirt blanc de Lucien qui continua à baffrer comme si de rien n’était.

Le coup de poing d’Annie sur la table nous fit tous sursauter. Elle venait de voir la tâche.

- Alors là non Lucien ! Tu exagères !

Il leva à peine un sourcil.

- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait encore ?

- Ton tee-shirt neuf ! Encore un ! Et qui sait qui nettoie ?

Au lieu d’essayer d’enlever efficacement la tâche, il l’étala maladroitement et renversa l’intégralité de la salière sur lui.

Annie s’emporta.

- Mais enfin, tu le fais exprès ou quoi ?

Il se leva en colère.

- Non mais t’as pas fini de gueuler un peu la mère ! Tu vas faire peur aux gosses !

Puis il se rassit et continua à manger. Annie, aveuglée par la colère prit Stanislas à témoin.

- Attends Stan ! La semaine dernière, il fait une soupe de poisson, il en renverse sur le tee-shirt ! Impossible à ravoir le tee-shirt ! Troué qu’il était le tee-shirt ! Encore heureux que j’en ai pas mangé de sa soupe ! Enfin bref, le tee-shirt neuf, il peut le mettre pour jardiner maintenant ! Et celui là j’arriverais pas à le ravoir non plus !

Lucien but une rasade de vin, rota bruyamment avant de conclure.

- Ouais et ben celui-là, j’le mettrais pour boire !

Nous eûment quelques moments de calme entrecoupés de discussions surréalistes.

Lucien adorait voyager dans des contrées lointaines mais Annie nous prit à témoin fermement :

  - Maintenant, j’ai Canal Sat, si je veux voyager je regarde Planète. Je ne partirais plus jamais avec lui ça c’est sûr ! Vous savez ce qu’il fait dans chaque pays ou on va ? Et bien il part avec son appareil photo en bandoulière et s’en va photographier les décharges !

Stan se marra et du coup je lui emboîtais le pas.

 

Après le café ils demandèrent à Stan de leur jouer un morceau. Il prit sa guitare sèche, s’installa confortablement et commença à jouer ses propres créations…

 

 

 

 

 

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H
ben je crois que j'aimerais qu'ils q existent....juste parce que j'aime ce qui sort des sentiers battus !
Répondre
M
<br /> A quelques détails près, je peux t'annoncer un scoop: oui, ils existent!<br /> <br /> <br />
H
j'adore ce couple..vraiment..ils sont même pas caricaturaux....juste eux...
Répondre
M
<br /> Et si je te dis qu'ils existent?<br /> <br /> <br />