La vie de Marie ( ch.23)

Publié le par Milène se déchaîne

                           CHAPITRE 23

 

 

 

Ainsi donc Narcissia était enceinte ! Elle n’y croyait pas elle-même. Elle n’avait jamais voulu d’enfant, «  un alien qui vous bouffe de l’intérieur, vous ruine les dents et quant à faire une reconstruction du vagin, non merci ! » selon ses propres termes.

Entre deux vomissements, elle jurait comme un charretier tout en se scrutant chaque seconde dans le miroir pour voir si elle avait grossi.

Louisa avait appris la nouvelle et redoublait d’attentions envers ma sœur. Je pensais qu’elle avait en tête de jouer au papa et à la maman avec Narcissia quand l’enfant serait né.

 

Comme nous étions assises toutes les trois sur le canapé, j’osai aborder un sujet pour le moins épineux avec ma sœur qui, pour arrêter ses vomissements avait roulé un énorme pétard.

- Ah vraiment, il n’y a que ça de vrai contre la nausée ! dit elle en recrachant une fumée opaque.

- Dans ton état, boire et fumer, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux à faire Narcissia lui dis-je.

Louisa, toujours aussi acerbe envers moi répliqua aussitôt.

- Mais laisse là un peu ! Tu ne vois pas qu’elle est en état de choc la pauvre ! Et puis le cannabis n’est pas si mauvais puisqu’il est préconisé dans certaines affections graves telles le cancer alors…

- Oui Louisa mais c’est un fœtus qu’elle a dans le ventre pas une tumeur à ce que je sache !

J’avais répliqué aussi sèchement qu’elle car elle commençait à me taper sur les nerfs à se faire des films sur ma sœur. Si elle avait su ce que ma sœur pensait des homosexuels et de l’homoparentalité, elle en aurait avalé ses rangers !

Je repris le fil de ma conversation avec ma sœur.

- D’ailleurs à ce propos Narcissia, sais-tu au moins de qui il est ce fœtus ?

Louisa répondit encore une fois à sa place, plus mauvaise que jamais.

- Est-ce vraiment si important ? Les pères on sait ce que ça vaut de toute façon…

Je ne pris pas la peine de relever et fixai Narcissia d’un œil inquisiteur.

- De qui veux tu qu’il soit à ton avis ?

- Manolo ?

Louisa en rajouta une couche.

- Oui, le salopard qui l’a jetée dehors et qui l’a trompée dans les écuries.

Elle était bien sûr au courant, Narcissia n’étant pas avare de confidences intimes.

- Ben oui Manolo, ce rat d’égout, ce cloporte, ce batracien dégénéré !

Louisa était ulcérée comme si cela lui était arrivé à elle.

- Ah, ça pour une pourriture c’est une pourriture ! Abandonner une femme et son enfant !

Je commençais à perdre patience.

- Mais enfin Louisa, tu ne le connais même pas et en plus il ne savait même pas que Narcissia était enceinte de lui quand son père l’a chassée !

Narcissia commençait à retrouver des couleurs et un sourire illumina tout à coup son visage.

- Et bien, je crois me rappeler quand c’est arrivé ! On était raides bourrés tous les deux, on avait fait concours de mojito et comme d’habitude j’avais gagné ! Il était tellement atteint qu’il arrivait même pas à bander alors mettre la capote tu parles…

- Ah, parcequ’au bout de dix ans de vie commune, vous utilisiez toujours le préservatif ? m’étonnai-je

- La pilule pas question ! Ça donne le cancer et ça fait grossir. Quant au stérilet, pas question d’avoir un corps étranger dans mon utérus !

- Ah ça, pour le coup, c’est raté Narcissia ! répliquai je en voulant faire une pointe d’humour que seule Louisa sembla apprécier moyennement.

 

Narcissia commençait à avoir les pupilles dilatées sous l’effet du cannabis.

- Ah, ah ! Dire que moi j’ai un polichinelle dans le tiroir ! Quelle horreur ! Dès demain, je prends rendez-vous pour me faire avorter !

Louisa, portugaise d’origine et très pieuse se leva horrifiée.

- Voyons Narcissia, je comprends que tu sois bouleversée mais il ne faut pas dire des choses pareilles voyons ! Tu sais, il parait que le fœtus entend tout, comprend tout et ressent tout dans le ventre de sa mère…

- Justement, il saura que sa mère ne le prend pas en traître ! Sers moi une double vodka Marie s’il te plait !

Je m’exécutai à contre cœur et fut heureuse que Louisa se décide enfin à décamper pour le travail. J’allais enfin pouvoir avoir une discussion sérieuse  avec ma soeur.

- Tu ne vas quand même pas avorter comme ça sur un coup de tête sans en avoir parlé avec Manolo ! Il a peut être le droit de savoir tout de même !

- Il ne veut plus de la mère, je ne vois pas pourquoi il voudrait de l’enfant !

- Mais tout peut s’arranger ici, on t’aidera avec Papa et Maman… Réfléchis quand même !

- Ah bah ça c’est tout réfléchi ! La maternité c’est pas pour moi ! Me reproduire ? Pour quoi faire ? Je m’auto suffis. Et avec la chance que j’ai si ça se trouve il serait mongolien ou pire, il serait moche !

- Remarque avec tout ce que tu bois depuis un mois y’a des risques Narcissia !

- Ah et puis les femmes enceintes avec leurs airs de madones intouchables, leurs conversations centrées uniquement sur leurs fluides corporels et leurs layettes, elles m’ont toujours insupportées ! Ces grosses vaches qui ne pensent qu’à se goinfrer parce que la société leur pardonne d’être grosses pendant neuf mois et que leurs maris n’ont plus envie de toucher après avoir assisté à l’accouchement et qui préfèrent soit se branler sous la douche ou prendre une maîtresse non merci !

 

Je constatai avec effroi que la partie était loin d’être gagnée ! Quelle virulence elle mettait dans ses propos. Elle but son verre cul sec et s’en servit un autre encore plus tassé. Elle commença à devenir mauvaise.

- Et puis toi t’as qu’à en faire un si ça te plait tant que ça les lardons ! Ah, c’est vrai excuse moi, tu n’as pas de mec !

- Tu cherches à me faire de la peine Narcissia ? Tu sais je veux juste t’aider c’est tout, c’est pas la peine de t’en prendre à moi ! Et puis sache que jusqu’à il n’y a pas si longtemps, j’étais avec quelqu’un alors…

Elle s’arrêta de boire et me regarda avec un intérêt tout neuf comme si j’allais lui dévoiler les secrets de la création.

- Ah ouais, carrément ! Je croyais que tu étais vieille fille ! Et ça faisait longtemps que tu étais avec ?

- Une dizaine d’années…

- C’est pas vrai ! Non mais quelle cachottière tu fais ! Papa et Maman se demandaient si tu n’étais pas encore vierge ou pire, gouine et ça les désolait !

- Ça ne m’étonne pas d’eux de se poser ce genre de question sur mon intimité !

Comme c’était bizarre l’œil étonné de ma sœur qui me scrutait avec un regard nouveau : ce n’était pas désagréable en fait, pas désagréable du tout.

- Et qu’est-ce qui s’est passé ?

- J’ai rompu il y a peu, c’était compliqué…

Je laissai un silence s’installer pour ménager un peu mon effet.

- Il t’a trompé ?

- Non enfin pas exactement, il y a de ça mais surtout il n’était pas libre…

- Noooon… Tu rigoles Marie… Ne me dis pas que tu fréquentais un homme marié ! me dit-elle les yeux écarquillés par cette révélation.

Je pris un air mystérieux.

- Tu vois que je peux t’étonner moi aussi !

- Ah, ça pour m’étonner tu m’étonnes ! Toi la coincée de service, la vierge effarouchée, la gardienne de la morale, tu t’envoyais en l’air avec un homme marié ! Alors c’était qui ? Je le connais ?

- Tu ne devines pas ?

Elle ouvrit de grands yeux et fit non de la tête.

- C’était Pierrick…

- Pierrick ! Le Pierrick ? Ton patron ? Oh attend, je vais me resservir un verre !

J’en avais sûrement trop dit mais j’avais envie de profiter de mon quart d’heure de gloire. Enfin ma grande sœur s’apercevait que moi aussi j’avais une vie palpitante.

- Et il n’a pas voulu divorcer c’est ça ? Classique ! Tous des salauds, des animaux en rut sans conscience !

- Non, c’est plus compliqué que ça Narcissia…

- Arrête Marie, comme schéma y’a pas plus simple ! Les histoires d’adultère, c’est vieux comme le monde ! En quoi la tienne était plus compliquée ?

Je me levai et attrapai la bouteille de vodka pour m’en servir un verre. Moi aussi je pouvais me saouler et puis j’en avais besoin, j’avais envie de me confier à quelqu’un, fus-ce ma sœur, bien que ce ne fut pas la meilleure idée de l’année.

 

Plus je parlais, plus Narcissia buvait et me faisait boire. Je finis par être tellement imbibée que je lui racontais tout de A à Z y compris que Pierrick baisait avec Stéphane et que c’était pour ça que j’avais été virée.

Je lui fis promettre par dix fois de ne surtout rien répéter à personne et elle jura dix fois sur la tête de son bébé. C’est là ou j’aurais du tiquer…

 

 

 

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H
Pitin.... l'autre enceinte...je le sens moyen l'avenir du gosse... Et Marie qui se saoule..on aura tout vu..Non mais je vais d'etonnement en etonnement avec cette histoire..
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