La vie de Marie ( ch.22)

Publié le par Milène se déchaîne

                       CHAPITRE 22

 

 

Je passai deux jours quasiment sans sortir de ma chambre à consulter les offres d’emploi sur Internet.

Plus les heures passaient plus je prenais conscience que je n’avais vraiment aucune idée de ce qu’était devenu le marché du travail depuis dix ans !

D’après mes conclusions, je pouvais tout au plus prétendre à être secrétaire de direction bilingue : quel avenir prometteur !

Je n’avais parlé à personne de ce qu’il m’arrivait car j’étais bien trop blessée et honteuse pour me confier à qui que ce soit.

 

L’automne était arrivé sans que je m’en rende compte et quand j’en avais assez de m’abrutir devant mon écran, je me postais à la fenêtre et je regardais tomber les feuilles mortes comme tombaient à l’intérieur de moi mes dernières illusions.

Tout ce qui faisait mon quotidien depuis dix ans venait de s’effondrer lamentablement comme les Twin Towers un fameux 11 septembre 2001…

Je n’avais vraiment rien ni personne à quoi me raccrocher car tout avait toujours tourné autour de deux uniques choses pendant une décennie : Pierrick et mon travail…

 

Louisa faisait toujours la gueule mais cela m’arrangeait de ne pas avoir à lui parler et Narcissia sortait sans cesse rentrant à plus d’heure. Elle qui se disait si malheureuse s’étourdissait de fêtes et de monde pour ne pas avoir à penser, pour ne pas se retrouver seule : elle et moi étions vraiment des opposées dans nos façons de réagir à l’adversité.

De temps en temps, je jetais un coup d’œil à la maison de Stanislas qui semblait inhabitée depuis notre séjour à la campagne. Encore une fois j’avais eu l’occasion de me faire un ami et j’avais préféré couper court…

Narcissia m’avait laissé entendre que ses projets musicaux commençaient à prendre forme et qu’il devait rester sur Paris pour voir quelques maisons de disques.

 

Bizarrement, au milieu de ce chaos, le seul que j’avais plaisir à voir était Elvis le chat non qu’il me fasse des câlins et des ronrons, non ce n’était définitivement pas son genre. Il grattait à la porte de ma chambre pour rentrer et il allait directement s’installer sur mon lit. Il ne dormait pas mais passait son temps à me jauger avec condescendance comme si il savait qui j’étais vraiment : une pauvre looseuse, une fille méprisable qui ne ferait jamais rien de sa vie et ça me faisait du bien à moi, à la pauvre masochiste que j’étais en vérité…

 

Bref, les jours passaient vides de sens et je tentais de reprendre confiance en moi bien cachée à l’abri des regards humains lorsqu’un matin Narcissia frappa à ma porte et attendit que je lui dise de rentrer. C’était déjà très inhabituel qu’elle frappe alors je me préparais au pire : qu’allait-elle encore me demander ?

 

Elle referma la porte et commença par me détailler des pieds à la tête avec une moue réprobatrice.

  - Sympa ton look, tu fais dix ans de plus avec ce vieux jogging !

Sans me laisser le temps de l’envoyer au diable, elle se précipita vers mon lit.

  - Tiens mais c’est là que tu passes toutes tes journées petit coquin ! Tu as fait ami ami avec Marie ?

Comme elle se jeta sur le lit, le chat effrayé lui cracha dessus et se planqua sous le lit.

  - Il vient ici au calme à mon avis Narcissia…

Elle s’allongea sur le dos et soupira.

  - Il est très perturbé par notre séparation le pauvre chou, il a perdu tous ses repères, c’est pour ça qu’il est agressif, il m’en veut…

Elle pivota, appuya sa tête sur son avant bras et bailla longuement.

  - Je suis claquée ce matin je dois avoir une mine affreuse !

  - En effet… Tu devrais aller prendre un peu l’air à Grenoble, l’air de la montagne c’est bon pour les rides et le teint tu sais ?

 

Bien sûr je mentais éhontément. Cette extraterrestre avait beau fumer comme un pompier, boire comme un trou et accumuler les nuits blanches, elle était fraîche comme une rose, de plus en plus belle, j’étais bien forcée de l’admettre.

Contre toute attente, elle acquiesca.

  - Mouais, tu as sans doute raison, je me sens épuisée et ça ne m’est jamais arrivé mais je suis toujours tellement sollicitée et tu me connais, je ne sais pas refuser…

Elle avait l’air assez conciliante. J’avais enfin trouvé le bon moment pour entamer une conversation trop longtemps éludée, je décidais de creuser le sillon.

  - Tu sais, ça ferait plaisir à Maman de te voir, à chaque fois qu’elle m’appelle c’est pour avoir de tes nouvelles…

Elle souffla.

  - Le problème c’est que je n’ai pas du tout envie qu’elle sache que j’ai quitté Manolo et j’ai encore moins envie qu’elle me fasse une psychanalyse de groupe !

 

C’était étrange comme situation et inédit : en fin de compte Narcissia se trouvait à peu près dans le même état d’esprit que moi et au même moment. En fait elle n’était pas allée chez nos parents car c’était tout sauf reposant, on en ressortait plutôt dans un état de schizophrénie aigue. Elle était venue chercher un peu de calme et d’équilibre chez moi et je n’avais pas voulu le voir. Louisa n’avait peut-être pas tord en fin de compte.

Bon il fallait que je la pousse enfin à se confier je sentais que c’était maintenant où jamais.

  - Narcissia, tu ne m’as toujours pas dit ce qu’il s’était passé avec Manolo… Peut-être que tout n’est pas perdu ?

Elle se remit sur le dos, alluma une cigarette et fixa le plafond en recrachant lentement la fumée.

  - Pff, Manolo, Manolo… C’est un lâche… Il mériterait d’être castré comme le bétail qu’il élève tiens ! C’est un pauvre type, une balle de ping-pong entre les mains de son père… Entre le vieux et moi, ce n’est jamais passé… Pourtant, tu me connais, j’ai fait des tas d’efforts pour être acceptée !

 

Ah, ça la connaissant, elle avait du tout faire dans la discrétion, les caprices et les crises de nerfs pour amadouer son beau-père !

  - Tu veux savoir pourquoi je l’ai quitté ce fils de chien enragé ?

Je ne dis mot et consenti de peur qu’elle ne change d’avis. J’allais enfin savoir pourquoi ma volcanique sœur avait quitté son nain brésilien.

  - Eh bien, tu sais qu’on s’est mariés à Las Vegas il y a cinq ans ?

  - Oui, dans une de ces chapelles ultra kitsch qu’on trouve à tous les coins de rue ?

Elle s’agaça de ma remarque

- Oui, enfin bon peu importe… On tenait une de ces cuites de toute façon ! On avait gagné 50 000 dollars au casino ! Eh bien figure toi que j’ignorais qu’il fallait faire valider ce mariage au Brésil et que ce bâtard s’est bien gardé de me le signaler !

  - Donc, si je comprends bien, officiellement, tu n’es pas mariée ?

  - Voilà, c’est ça, je ne suis pas mariée et je l’ai appris de la pire des façons !

Un jour, en plein barbecue au ranch, il y avait tout le gratin politique et industriel du pays, je cherchais Manolo depuis un bon moment et où je le trouve hein ? Je te le demande ?

  - Tu le trouves où ?

  - Je le trouve en train de fricoter dans les écuries avec une noire, une miss Gabon ou un truc comme ça !

  - Qu’est-ce que tu as fait ?

  - J’ai retiré une de mes bottes et je me suis ruée sur eux pour les séparer tiens ! La fille n’a eu que quelques écorchures minimes mais j’ai du frapper Manolo un peu trop fort et je lui ai cassé le nez et ouvert l’arcade sourcilière mais bon ça ça saigne, ça saigne mais on sait que c’est pas grand-chose…

J’étais suspendue aux lèvres de ma sœur ; histoire vraie où conte, elle avait un don pour captiver l’auditoire !

  - Et alors qu’est-ce qu’il s’est passé après ?

  - Les gens ont été alertés par les cris de cette diablesse noire et tout le monde s’est précipité dans les écuries ! Quand le père de Manolo l’a vu en sang il m’a chassée ! Devant tout le monde ! Comme une vulgaire fille de ferme ! Alors je lui ai dit qu’il n’avait aucun droit de me chasser, que j’étais chez moi tout autant que lui ! Et c’est là qu’il m’a dit que je n’étais pas mariée officiellement à son fils, que le mariage n’avait pas été validé, que je n’étais qu’une traînée française et que son fils était de toute façon promis à une fille de famille brésilienne !

 

J’imaginais la scène comme si j’y étais.

  - Et Manolo, il a pris ta défense ?

  - Il a une peur affreuse du vieux Manolo… Il travaille pour lui, il vit grâce à lui… C’est le vieux singe qui détient le magot alors tu penses que Manolo a fait son choix vite fait ! Ah, celui-là, j’aurais du l’empoisonner quand j’en ai eu l’occasion, je te jure…

 

Des larmes de colère brillèrent dans ses yeux et celles-là n’étaient pas simulées.

Pour la première fois depuis qu’elle avait débarquée chez moi, je me sentis proche et fière de ma sœur, proche dans l’adversité. Je n’étais plus la seule à avoir été affreusement humiliée seulement elle, elle avait choisi de partir, elle s’était même battue avec miss Gabon alors que moi j’avais subi comme à mon habitude…

Un élan d’amour aussi soudain qu’irrationnel me poussa à attraper ma sœur violemment et à la serrer dans mes bras. Elle fut si surprise de mon comportement qu’elle essaya de se dégager.

  - Marie ! Lâche moi, tu m’étouffes ! Pousse toi ! Je ne me sens pas bien du tout !

Plus elle essayait de se dégager, plus je serrais telle un boa constrictor, éperdue d’amour fraternel ! Je m’accrochais telle une orpheline qu’on arrache à la solitude.

Nous étions vraiment sœurs maintenant, j’en avais la certitude ! Sœurs d’humiliations, sœurs de galères, sœurs malgré nos différences !

Ahh, j’étais saoule tout à coup, saoule de constater que même cette folle pouvait être une victime comme moi !

 

Tout à coup, elle eut un hoquet terrible. C’était l’émotion, elle venait de réaliser ce qu’elle ressentait pour moi et elle allait enfin m’aimer et me respecter !

Ce n’est qu’en sentant l’odeur et la chaleur de son vomi sur mes vêtements que je compris que nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes…

Elle se dégagea et se mit en boule sur le lit en se tordant le ventre.

  - Arghh, j’ai trop mal au ventre Marie ! Je suis sûre que c’est cette princesse vaudou du Gabon qui m’a jeté un sort !

Elle revomit mais sur mon lit cette fois. A mon avis, elle avait simplement trop picolé la veille mais je lui apportait une cuvette et appelai le médecin contre son gré.

 

 

 

 

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Commenter cet article
H
euh ouai mais bon, se faire foutre dehors comme ça....ta dignité morfle sérieux..elle avait pas l'habitude qu'on lui dise non la narcissia apparement...<br /> c'est pas tout ça..mais la Marie...elle va se le faire Stanislas ?
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M
<br /> Encore faudrait il qu'elle le voit comme il est!<br /> <br /> <br />
H
ouep...ok, la Narcissia elle a morflé...c'est pas plus mal, elle commencait a m'agacer miss pârfaite...
Répondre
M
<br /> Morflé, morflé... c'est plutôt Manolo qu'a morflé avec elle ( note de l'auteur)<br /> <br /> <br />