La vie de Marie ( ch.21)
CHAPITRE 21
En rentrant chez moi, je ne reconnus pas ma maison d’habitude si propre et harmonieuse. Narcissia l’avait littéralement envahie et tel un animal sauvage avait laissé sa trace dans chaque recoin. Toutes ses fringues traînaient un peu partout, et pas que les propres, et l’odeur de pisse de chat était insupportable. Elvis s’était bien amusé avec toutes mes plantes vertes…
Pour l’heure, elle devait encore être partie traîner ses guêtres quelque part.
Louisa quant à elle, déjeunait dans la cuisine. Elle avait sa tête des mauvais jours.
- Tiens ! Une revenante ! Alors on fraye avec l’ennemi maintenant ?
L’ennemi étant sans aucun doute Stanislas, j’éludais tout simplement cette question et ce ton de reproche inapproprié pour une colocataire. Je décidai de ne pas me laisser marcher sur les pieds et de contre attaquer.
- Toi si maniaque d’habitude, rien ne te gêne depuis que ma sœur est là ?
Elle prit son air hautain.
- Non, qu’est-ce qui devrait me gêner ?
Je m’adossai contre l’évier.
- Et bien je ne sais pas moi… Les fringues qui traînent partout, le chat qui pisse, qui griffe les canapés en cuir, qui déterre toutes les plantes vertes, les inconnus que ma sœur ramène ici…
Elle se leva, de plus en plus maussade, mit son bol dans le lave-vaisselle et me tourna le dos pour se laver les mains.
- C’est ta sœur après tout Marie ! Ce n’est pas à moi de passer pour la rabat joie de service ! Si tu as quelque chose à lui dire, ne te gêne pas… Franchement Marie, je croyais te connaître mais j’avoue que je vais de surprises en surprises avec toi depuis quelques temps…
Alors là, ça n’allait pas se passer comme ça ! Je commençais à en avoir marre de prendre pour tout le monde. Je montai sur mes grands chevaux.
- Alors vas-y Louisa, vas-y, fais moi des reproches, je sais que tu en meure d’envie ! Dis moi ce que tu as sur le cœur une bonne fois pour toutes, je ne suis plus à ça près de toute façon !
Elle se retourna vivement vers moi
- Je vais te dire ce que je pense de toi, oui, je vais te le dire ! Tout d’abord, tu es une vraie égoïste doublée, et ça c’est ce qu’il y a de pire, d’une lâche et d’une hypocrite !
- Tu n’as rien de pire en stock ? Et tu veux bien m’expliquer ce qu’il te prend tout à coup ?
- Ecoute, ta sœur est très très malheureuse ! Elle vient chercher du réconfort auprès de toi et tu ne sais que lui tourner le dos et la critiquer dès qu’elle a le dos tourné ! Elle a eu le courage de tout quitter, de quitter le pire des hommes, la violence incarnée et tu la laisses tomber !
- Ah, je vois qu’elle t’a bien retourné le cerveau pendant que je n’étais pas là !
Je me mis à rire tellement cette situation me paraissait injuste et ridicule.
- Je ne vois pas ce qui te fait rire ! m’asséna t’elle.
- Ce qui me fait rire c’est que tu ne connais même pas Manolo ! Lui violent ! Mais ma pauvre, il fait deux têtes de moins qu’elle, 40 kilos tout mouillé et il ne ferait pas de mal à une mouche !
- On voit que tu ne connais pas les hommes ma pauvre Marie…
L’envie de répliquer : « Et toi tu les connais ? » me tarauda mais je me retins car sinon mes mots allaient vraiment dépasser ma pensée. Ce fut Louisa qui finalement désamorça le conflit en partant au travail.
- Ah au fait, j’ai posé tout ton courrier sur la cheminée de ta chambre. Salut.
J’étais soufflée par son comportement envers moi qu’elle connaissait depuis trois ans maintenant. Visiblement, il n’avait fallut que trois petites semaines à Narcissia pour l’envoûter totalement. Elle devait fonder quelques espoirs de la voir changer de bord, de la convertir à sa cause mais ça, il n’y avait aucun danger !
Narcissia était viscéralement, incurablement, définitivement hétérosexuelle…
Elle avait toujours voué un véritable mépris pour les homosexuels, ce que je n’avais d’ailleurs jamais compris mais, toujours centrée sur son magnifique nombril elle n’avait toujours pas du se rendre compte que Louisa était gay et intéressée par elle.
J’allai dans ma chambre et me saisit distraitement de la pile de courrier. Pubs, factures, pubs, factures. Au milieu de ce fatras, un recommandé…de mon entreprise…
La lettre me tomba littéralement de mains et moi, je tombais littéralement des nues :
J’étais virée pour abandon de poste, faute grave et par conséquent, sans indemnités ! Virée comme une malpropre !
Alors ça comme coup bas, c’était le pompon !
C’était bien Pierrick lui-même qui avait dit à Narcissia au téléphone qu’il fallait que je me repose quelques jours !
Il n’avait même pas eu le courage de m’appeler pour qu’on en discute…
En plus, au vu des fautes d’orthographe qui ponctuaient la lettre, il avait eu l’indécence de faire taper la lettre par ce sale petit pédé de Stéphane !
Comme c’était humiliant ! Dix ans de ma vie professionnelle et amoureuse qui prenaient fin comme ça, dix lignes dans un recommandé écrites par mon futur remplaçant très certainement…
Je m’effondrai en pleurs, l’orgueil en berne, abattue, ne sachant que faire et surtout à qui en parler !