La vie de Marie ( ch.25)
CHAPITRE 25
Bon, j’avais fait ma bonne action en ce qui concernait ma sœur mais me concernant, il allait bien falloir que je parle à Louisa de ma situation. J’avais quelques économies pour tenir deux mois tout au plus pour payer ma part de loyer, manger et me vêtir mais si je ne retrouvais pas de boulot d’ici là, il faudrait que je parte et que je laisse ma place à un nouveau colocataire.
Le reste de ma journée fut lamentable. Enfermée dans ma chambre à consulter des tas d’offres d’emploi sans y prêter vraiment attention.
Tout se mélangeait en un drôle de magma dans ma tête : Narcissia, Manolo, le bébé, Pierrick, Stanislas, mon avenir…
J’étais tellement désemparée que je me surpris à caresser Elvis qui sembla apprécier car il se mit sur le dos et ronronna un bon moment avant de décider que ces marques de tendresse avaient assez duré : il essaya de me déchiqueter la main et s’enfuit en crachant.
J’étais dans la salle de bain en train de me désinfecter – Dieu sait quelle maladie tropicale pouvait m’avoir inoculé ce maudit félin_ quand Narcissia déboula dans la maison à moitié hystérique.
- Marie ! Marie ! La vie est vraiment bizarre parfois ! Devine qui m’a appelée ?
Je m’efforçais de prendre un air surpris tout en me doutant bien de qui l’avait appelée.
- Ben, je ne sais pas… Maman ?
- Mais non voyons ! Je sortais de l’hôpital, j’avais pris mon rendez-vous pour l’avortement et je maudissais intérieurement cet espèce de pervers de Manolo qui m’avait mis dans cet état quand mon téléphone s’est mis à sonner et qui c’était, je te le donne dans le mille ? Manolo !
- Ah bon ? fis je en jouant la surprise à outrance.
- Il ne pouvait pas mieux tomber ! J’ai décroché et je l’ai insulté pendant pas loin d’un quart d’heure ! Ah, ça m’a fait un bien fou…
Je commençais à m’inquiéter. Elle avait du tout ficher par terre cette folle. Je m’enquis de la suite des évènements.
- Et alors ?
- Alors, et bien bizarrement, il n’a même pas raccroché, il a attendu que j’ai fini. Il me connaît bien tout de même ! Enfin bref, cet enfant de salaud m’a prise par surprise quand il m’a annoncé qu’il débarquait demain à Paris pour venir me chercher et m’épouser pour de bon cette fois !
Elle était complètement surexcitée, ses joues étaient empourprées et ses yeux brillaient. J’en déduisis que malgré toutes les horreurs qu’elle m’avait dites sur lui, elle l’aimait encore son vilain cow-boy moustachu…
- Mais c’est génial ça Narcissia ! Ta stratégie a marché ! Tu disais toi-même qu’il reviendrait en rampant ! Et euh, au fait, tu lui as dit que tu étais enceinte ?
Elle me jeta un regard dédaigneux.
- Bah non pourquoi ? Je ne vois pas le rapport !
- Le rapport ? Eh bien, il me semble clair pourtant…
Elle se rapprocha de moi, de nouveau toute gaie et me prit les mains.
- Attend, il a dit qu’il voulait m’épouser pour de bon cette fois. Tu sais ce que ça veut dire ? Que je vais revenir au Brésil et entrer dans le ranch par la grande porte. Je serais madame Narcissia Gomez et plus personne n’aura le droit de me manquer de respect. Et le vieux, ah ah, il va en avaler son dentier ce vieil ivrogne. Avec un peu de chance, ça va le faire crever et à nous la belle vie, on pourra dépenser sans compter !
Je la regardais s’exciter toute seule en tirant des plans sur la comète et cela ne me choquait même plus, de toute façon, elle ne changerait plus il était trop tard.
D’un côté, j’étais contente car elle allait enfin débarrasser le plancher mais de l’autre, mon plan initial, à savoir, sauver le bébé, avait échoué.
Elle était toujours décidée à avorter et si elle le faisait, Manolo serait bien obligé de lui avouer que c’était moi qui l’avais prévenu… Si je ne voulais pas de ce scénario catastrophe, il fallait que j’intervienne et vite !
Si Narcissia était une femme vénale, une redoutable prédatrice, une femme sans scrupules et une fine manipulatrice elle n’en était pas moins naïve à certains moments, surtout avec moi car elle ne se serait pas méfiée de son idiote de sœur.