La vie de Marie ( ch.29)
CHAPITRE 29
Dix minutes plus tard, tout le monde était dehors et ma sœur priée d’aller déclamer sa prose ailleurs !
Nous finîmes la nuit chez Stanislas qui nous proposa gentiment de nous héberger.
Il me servit un dernier verre dans la cuisine que j’acceptai volontiers pour me remettre de mes émotions.
- Dis moi Marie, tu sais où il habite ton ex patron ?
- Oui pourquoi ?
- Tu veux récupérer ce qu’il te doit ?
- Bah oui je voudrais bien mais je crois que c’est mort…
- J’ai un plan mais il faut que tu me fasses confiance et que tu marches avec moi…
Il m’exposa son plan que je trouvai génial sur le coup et de nouveau grisée par les bulles, j’acceptai.
Avant d’aller me coucher je lui posai tout de même une question qui me brûlait les lèvres.
- Au fait Stanislas, pourquoi est-ce que tu fais tout ça pour moi ?
- Et bien on va dire que je n’aime pas l’injustice et que j’ai envie de m’amuser à ses dépends…
Je m’endormis comme une masse sans même me démaquiller.
Plus nous approchions du quartier où habitait Pierrick, plus je sentais la pression monter en moi.
Stanislas me jetait des coups d’œil inquiets.
- Ça va ?
- Non, ça va pas… Tu ne crois pas qu’il est encore temps de faire machine arrière ? Après tout…
Stanislas ne se départit pas de son calme habituel et me répondit d’un ton parfaitement assuré.
- Après tout quoi Marie ? Ce salopard s’est juste servi de toi pendant des années, il a juste joué avec tes sentiments pendant dix ans puis il t’a virée comme une malpropre sans aucune considération ! Sans parler de ta tentative d’avoir une explication avec lui au téléphone !
Ah, était-il obligé d’en remettre une couche, de me rappeler à quel point j’étais lâche et stupide ? Pourquoi m’étais-je confiée à lui, à quelqu’un que je connaissais à peine ?
- Je sais tout ça, je le sais bien mais je n’ai jamais eu l’esprit de vengeance, je ne suis même pas douée pour ça… Il vaudrait mieux laisser tomber…
- Je ne te parle pas de vengeance, ça n’a rien à voir. Tu dois juste récupérer ce qu’il te doit c’est tout. Après, tu te sentiras fière de toi, tu pourras tourner la page et aller de l’avant et puis, tu n’es pas toute seule pour l’affronter, je suis avec toi !
- Pourquoi fais tu ça pour moi ?
- Parce que j’ai horreur de l’injustice et des prétentieux comme lui qui prennent les gens pour des domestiques.
Je ne répondis pas. La différence entre Stanislas et moi c’était qu’il ne lui avait fallu que dix secondes pour cerner le personnage de Pierrick alors que moi il m’avait fallu dix ans…
Si j’étais dans cette voiture en chemin vers le domicile de Pierrick, j’en étais l’entière responsable après tout. J’avais bu tout ce qui me tombait entre les mains lors de la fête donnée par Narcissia à l’occasion de son départ et je m’étais honteusement épanchée sur l’épaule de Stanislas. Malheureusement, il avait fallu que ma sœur s’en mêle et la soirée avait fini en désastre diplomatique…
Il m’avait soumis un plan que, dans ma folie éthylique, j’avais accepté.
Il m’avait avoué que la première fois qu’il avait vu Pierrick, il l’avait détesté.
D’une part parce qu’il représentait tout ce qu’il honnissait dans cette société : la petite bourgeoisie autosuffisante, méprisante avec les moins fortunés et envieuse des plus riches, une bourgeoisie bling bling qui croyait être la détentrice absolue du bon goût, du savoir vivre et même du savoir tout court.
Ce à quoi je lui rétorquai que son impression avait été réciproque ; j’en avais eu la confirmation lorsque, le cœur battant et toute tremblante, j’avais appelé Pierrick la semaine passée.
Ce n’était pourtant qu’une conversation téléphonique mais malgré cet état de fait, je pouvais sentir sur moi son regard haineux comme s’il était en face de moi.
Je ne voulais pas déclencher les hostilités, je voulais juste qu’il me paye mes indemnités mais chacune de ses paroles était pleine d’un fiel mal contenu et me paralysait.
- Des indemnités ? Mais tu as perdu la raison ! Je te rappelle que tu as pénétré dans les locaux un jour férié alors que c’est strictement interdit, sans doute pour voler un dossier et, fait aggravant, tu ne t’es pas présentée à ton poste quatre jours durant ! Je te signale que je n’ai reçu aucun certificat médical ! J’en ai parlé à mon avocat, je suis dans mon bon droit !
J’avais été ulcérée par tant de mauvaise foi, surtout de la part de celui que j’avais aimé et aidé pendant dix ans.
- Ce n’est pas vrai ! J’ai voulu prendre un dossier pour travailler tranquillement chez moi comme il m’arrivait souvent de le faire ! Et tu ne t’en étais jamais plaint à ce que je sache ! Et pour l’abandon de poste, c’est toi qui as insisté auprès de ma sœur pour que je me repose quelques jours !
- Et bien prouve le ! m’avait il asséné cyniquement.
- Mais je ne veux rien prouver ! Je veux juste que tu revoies les motifs de mon licenciement et qu’on parvienne à un accord !
- Il n’y a rien à revoir, c’est la vérité et j’ai un témoin de toute façon !
- Mais enfin Pierrick, comment peux-tu me traiter de la sorte après tout ce qu’on a vécu ensemble ?
Son rire sournois me glaça les sangs.
- Ah, ah ! Tu veux me dire ce qu’on a vécu ensemble ? Mais rien ma pauvre fille ! Regarde le genre de types qui s’intéresse à toi, un looser qui se prétend musicien ! Tu es pathétique ma pauvre…
Je venais de prendre une gifle virtuelle mais si forte que ma joue s’enflamma. Je ne pus rien répliquer à autant de bassesse. Il en profita pour clore la discussion.
- Tu ne dis rien ? Ça fait mal d’entendre la vérité hein ?
Puis sur un ton beaucoup plus menaçant.
- Je vais raccrocher Marie mais je te préviens : n’essaye plus de me contacter d’aucune façon que ce soit, je ne veux plus entendre parler de toi !
Clac. Il avait raccroché.