La vie de Marie ( ch.16)
CHAPITRE 16
Je ne sais combien de temps je restais ainsi enfiévrée et cauchemardeuse mais lorsque peu à peu je repris mes esprits, un nouveau cauchemar se dessina devant moi, émergeant peu à peu des brumes de l’enfer se dessina de plus en plus nettement le visage de Narcissia juste au dessus de moi ; effrayant…
- Ça y est, t’es réveillée toi ? Eh ben dites donc, on a bien cru que t’allais passer l’arme à gauche ! Une fièvre pareille en plein été… T’es bien ma sœur finalement, tu fais rien comme les autres !
Je regardais alentour, ne reconnaissant pas ma chambre.
- Où est-ce qu’on est ? A l’hôpital ?
- Ben tu te rappelles vraiment pas ?
- …
- Tu es chez Stanislas le voisin. C’est lui qui t’as récupéré dans un piteux état et comme tu t’étais endormie chez lui il n’a pas voulu te réveiller, il est venu me prévenir et on a appelé un médecin qui a dit que tu as sans doute été victime d’un gros stress et d’un coup de chaleur et qu’il fallait te laisser dormir. Si j’avais su que d’aller chez le coiffeur te mettrait dans cet état, je t’aurais coupé les cheveux moi-même ! Ce que tu peux être sensible ma pauvre !
- Mais quel jour on est ? demandais-je retrouvant peu à peu mes esprits.
- Mercredi.
- Mercredi ? dis-je en me relevant brusquement. Mais merde Narcissia, tu aurais du me réveiller il faut que j’aille travai…
- Non, non, t’inquiètes pas, j’ai appelé à ton boulot et ton patron Pierre-Yves m’a dit qu’il fallait vraiment que tu te soignes, que ça faisait un petit moment que nerveusement c’était pas ça et puis de toute façon tu es en congés à la fin de la semaine…
Je retombais lourdement sur mon oreiller, abattue.
- C’est Pierrick son prénom, Pierrick.
Soudain, tout me revint clairement. Tu m’étonnes qu’il avait pas envie que je reprenne le travail tout de suite…
Pierrick est un pédé ! Pierrick est un pédé !
Ces mots orduriers traversaient ma tête en tous sens. Cela ne me ressemblait pas mais une certaine vulgarité m’aida à ce moment précis à faire cesser la douleur de mon orgueil blessé à jamais.
Quelques larmes brouillèrent mon regard mais Narcissia ne vit rien trop occupée à contempler avec grande admiration son allure dans le miroir.
- Et dire que ça a trente ans ça ! dit-elle en se tapant sur les fesses. On ne dirait pas que je suis ta sœur aînée quand même !
- A t’habiller comme une fille de vingt ans tu frises le ridicule par moment ! C’est tout ce que je vois et je ne dois pas être la seule !
- Et toi tu t’es regardée ? On dirait que t’as acheté tes fringues à la blanche porte rayon mémère !
Elle avait répliqué du tac au tac avec un regard mauvais. J’avais touché au point sensible. Je continuais sur ma lancée, j’avais envie d’être mauvaise.
- Au fait, tu as des nouvelles de Manolo ?
- Ah, je te jure que j’espère qu’il souffre le martyre cet abruti ! Je sais que mon absence a dû lui laisser un énorme vide ! Ça, il doit moins faire le malin devant sa miss Gabon de pacotille ! C’est un vrai gosse pourri gâté, égoïste doublé d’égocentrique avec ça ; c’est bien simple il ne pense qu’à lui !
Malgré mon état lamentable, je ne pus m’empêcher de ricaner dans ma barbe en repensant à Manolo.
Ah, c’est sûr qu’il devait avoir un vide énorme autour de lui, un vide ressemblant au paradis. Il devait avoir une paix royale le salaud !
Je ne l’avais pas beaucoup connu mais je me souviendrais toujours de la première fois où Narcissia le ramena chez nos parents. Même eux, complètement blasés des excentricités de ma sœur n’avaient su quelle attitude adopter.
Manolo faisait une tête de moins qu’elle, était vêtu comme s’il se rendait au barbecue annuel des Ewing à Southfork Dallas, les moustaches des Village People, le Stetson, les santiags, ne manquait plus que le lasso !
Bon, c’est vrai que ce qui jouait en sa faveur c’est qu’il était le fils unique d’un des plus gros propriétaires terrien du Brésil.
Il avait l’air bien gentil mais il semblait totalement effrayé quand Narcissia se dirigeait vers lui et qu’elle le soulevait de terre pour l’embrasser…
- Alors, t’as baisé avec ?
Narcissia venait de me tirer de ma rêverie avec sa façon bien à elle de s’exprimer.
- Avec qui ?
Elle souffla bruyamment.
- Avec le pape évidemment ! Ben avec Stanislas tiens ! Je suis sûre qu’il en a une grosse, ça c’est le truc que je sens tout de suite !
- T’es vraiment une malade ! Comme si j’avais que ça à penser en ce moment ! Bon laisse moi s’il te plait, je suis fatiguée, très fatiguée…
- Bon, ben moi j’y vais de toute façon, Yvan m’emmène faire la tournée des grands ducs, je dois me préparer pour être au top bien qu’il soit difficile de faire mieux !
Sur ce, elle embrassa son reflet dans le miroir et sortit de la chambre fière et digne comme une cantatrice.
Bon, au point où j’en étais, il valait mieux que je reste couchée. Apparemment, Pierrick ne tenait pas à ce que je reprenne le boulot non pour ma santé mais pour pouvoir roucouler tranquillement avec sa petite tapette ! Non mais ce que je pouvais être stupide !
Des flashs de mes ébats avec Pierrick me revinrent provoquant des nausées.
Il avait toujours été assez expéditif pour la chose mais n’étant moi-même pas portée sur le sexe et étant très amoureuse de lui, cela ne me dérangeait pas ; seulement maintenant que j’y repensais, tout trouvait une explication rationnelle. Il avait une véritable obsession pour mes fesses, il adorait même Mylène Farmer et Madonna !
Je n’étais pas adepte de ces pratiques mais j’avais cédé une fois par amour. Cela m’avait valu deux points de suture, le ricanement des infirmiers, une position inconfortable et totalement ridicule sur la table d’opération et une note exorbitante de nettoyage de siège de taxi car évidemment, Pierrick n’avait pas voulu m’accompagner !